La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA NATURALISATION DES JCIFS ALGÉRIENS 9 tion du décret qu'il venait de signer, et on pouYait bien dire avec M. de Montfort, un _deces réactionnaires qui sont les meilleurs alliés des républicains algeriens : « C'est une véritable perle ! » Seulement il ne s'agit pas d'une dépêche mais d'une lettre; elle n'est pas du 23 novembre mais du 29. Enfin il ne s'agit nullement de listes électorales mais de la liste du jury,et Crémieux répond en approuvant les propositions d'aprés lesquelles on n'inscrira sur la liste que les Israélites justifiant de leur âge et de leur indigénat, et sachant non seulement écrire mais encore, condition aggravante qu'on leur appliquait à eux seuls, sachant rédiger couramment en français. Il écrivait non .pas : Vos observations relatives à la présence des Israélites sont sages, ce qui donne à tout le reste une signification générale et politique qui a trompé toute la Chambre, mais : << Vos observations relati,·es à la présence des Israélites dans les JURYS sont sages!» Et, le 2 r décembre, il revenait sur la même pensée en disant : << Le moyen ... présente le double avantage d'être à la fois trés efficace et emprunté à cette même assimilation que nous cherchons à développer. C'est parfait. » On Ybit comment, en omettant trois mots dans la lettre de Crémieux, M. Samary a totalement dénature la pensée de l'auteur, et il n'y a qu'un député venu d'Alger, avec la mentalité spéciale aux antisémites de cet heureux pays, qui puisse presenter à la tribune du parlement français un texte ainsi ... tripatouillé. Pour incriminer l'acte de Crémieux, on a encore eu recours à une autre plaisanterie : les antisémites algériens se sont découverts tout à coup philosémites ardents. Ces braves gens ont entendu prendre la défense de ces pauvres Israélites algériens, malmenés par un coreligionnaire maladroit et ignorant qui leur a imposé, malgré eux, une naturalisation qui leur faisait horreur. Sans doute les consistoires algériens la réclamaient avec instance; mais, comme le disait en I 871 le réactionnaire du Bouzet, auquel les antisémites peu imaginatifs ont emprunté tous leurs arguments, les consistoires « ont usé de leur pouvoir absolu sur la masse pour demander en son nom la qualité de citoyens français ». Ne répliquez pas que les consistoires représentent précisément la masse, que celle-ci a manifesté ses vœux sous forme de pétitions, d'adresses, de missions, car alors on vous répondra par le mot qui est la raison suprême : « A bàs les Juifs! » Evidemment, c'est concluant. Sans doute aussi vous ajouterez que les Israélites ont immédiatement accepté le service militaire, mais les antisémites affirment de plus belle que la certitude d'être affranchis du service militaire compensait à leurs yeux et largement l'absence de nationalité. Reste, en somme, contre l'initiative prise par Crémieux en 1870, un seul argument qui ait quelque force apparente : il a été adroitement insinué par M. Laferriére qui, dans cette circonstance comme dans

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