8 LA REVUE SOCIALISTE faits scion la méthode du Père Loriquet. A les en croire, l'auteur lui-même du décret fut effrayé de son œuvre: aussitôt après l'avoir créée, il recule terrifié. Telle est l'horrifique histoire qu'un ex-député d'Alger a prètendu insinuer à la profonde stupéfaction d'un auditoire dont il connaissait l'incompétence. Et, messieurs, disait complaisamment l'ex-député Samar_y, la ~ituation créée par ce décret était si grave, que Crémieux lui-même fut effrayé de son œuvre. Le 2 3 noYembre 1870 il télégraphiait de Tours la dépêche suivante : « Justice à commissaire extraordinaire, Alger. - Vos observations relatives à la présence des Israélites sont sages. Itn-itez très confidentiellement les maires à omettre sur les listes ceux des Israélites indigènes qui ne réclameront pas ou que leur éducation exceptionnelle n'y appelle pas naturellement. Il faut un commencement. Le principe est sauf. Une pratique habile le fera passer dans les mœurs avec le temps. » Cttte dépêche est typique, car elle indique que l'auteur de l'œuvre jugeait déjà lui-même les dangers de son œuvre. Mais il s'en aperce\'ait un peu tard. M. LE VICOMTEDE MONTFORT. - Mon cher collègue, voudriez-vous bien nous redire sous quelle forme après la promulgation du dt:cret Crémieux son auteur a recommandé de prendre certaines mesures de précaution dont vous Yenez de parler? C'est un coté nouve;iu de la question ,1ui parait fort intéressant. M. PAUL SAMARY.- C'est un télégramme de Tours daté du 23 novembre 1870 et qui est envoyé au commissaire du gouvernement en Algérie ... A gauche. - Lisez ! Lisez !... M. PAUL SA~IARY.- Je viens de vous le lire, mais je veux bien vous en faire une seconde lecture. Il en vaut la peine. M. LE PRÉSIDENT.- M. Samary l'a lu tout à l'heure et il en a indiqué l'origine, il serait plus simple d'écouter que de faire relire. M. PAUL SAMARY.- Je relis, car il a sa valeur. (L'orateur répète textuellement la citation faite plus haut.) M. LE VICOMTEDEMONTFORT. - C'est une véritable perle ! M. PAUL SAMARY. - J'avais donc raison de dire que beaucoup d'esprits sages estimaient qu'une faute considérable avait été commise, que des réclamations si nombreuses avaient suivi ce décret que l'auteur lui-même avait été effrayé de s<::sconséquences ... Il est évident que la dépêche Crémieux, ainsi lue et relue devant une Chambre qui écoute sans avoir le texte sous les yeux et qui de plus a confiance dans la citation faite par l'orateur, ne souffrait qu'une seule interprétation : l'auditoire devait comprendre qu'il s'agissait des listes électorales et que Crémieux proposait d'inviter très confidentiellement le maire à ne pas inscrire une partie de ceux qu'il venait_de faire citoyens et qu'il jugeait lui-même indignes du titre qui leur était accordé. C'était l'abrogation ou, pour employer le style Laferrière, la revision réclamée par Crémieux lui-même un mois après la promulga-
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==