LA REVUE SOCIALISTE - Est-ce encore une galanterie? - C'est l'expression même de mon sentiment. - Comment vous croirais-je? Cc matin, vous ne me conna1ss1ez pas ... Que penseriez-vous de moi si je vous répondais sur l'air de votre chanson? Que je suis une sottc de vous écouter, ou une dévero-ondée de faire semblant de vous croire. 0 - Je ne vous demande pas de me répondre, mais de m'entendre. Je vous promets de Yous laisser tout le temps nécessaire pour vous assurer de la force et de la sincérité de mon sentiment envers vous, et, je vous l'avoue, je mettrai cc temps à profit pour me rendre compte de cc que je dois faire : étouffer ce senti.ment ou lui laisser suivre son cours, selon que le premier jugement que mon inclination naturelle pour vous se trouvera rcvisé ou confirmé. - Pour parler comme un ,,ici! homme de loi, vous n'en tenez pas moins le langage de la raison, dit la jeune fille. Soit, apprenons à nous connaître mutuellement. Je ne vous cacherai pas que mon inclination naturelle me porte vers vous. Mais puisque vous savez, ainsi que moi, combien le Yéritablc et durable amour est plus exigeant, nous voici d'accord, en confiance et en sécurité réciproques. Ils étaient arrives à une délicieuse allée d'ombre épaisse au bout de laquelle se deYinait, plutôt qu'il ne se voyait, le scintillement d'un étang. - Marchons un peu, voulez-vous? fit Pierre assez haut pour que sa proposition parût s'adresser à tous ses hôtes. _ Sans répondre, Louise sauta à bas de la voiture, qui allait à cc moment avec lenteur. Pierre arrêta la machine et la rejoignit. Lagaline et Frizet ne s'aperçurent pas même qu'ils cessaient d'avancer et qu'ils se trouvaient seuls, tant était acharnée leur dispute. Louise prit le bras que lui offrait Pierre, et ils se dirigèrent à petits pas vers l'étang. - Parlons avec sincéritc et laissons dans nos actes nos caractères se manifester tels qu'ils sont, dit Pierre. Vous me croyez incapable de jouer la comédie de qualitcs que je n'aurais pas. Je vous crois également incapable d'une telle dissimulation. - Je vous remercie de me juger sincère, répondit Louise. Toutefois, prenons nos précautions. Dans le dcsir que nous avons de nous plaire mutuellement, il se pourra que nous fassions Yiolence à ce que nous avons de mauvais en nous. Si vous apercevez en moi de tels mouvements, y verrez-vous une marque d'hypocrisie? - Pas plus que vous ne les y Ycrrez en moi, j'en suis persuade. Pour ma part, je vous remercierai d'efforts accomplis, non pour me tromper mais pour cornpleter et les accrnître en nombre les belles qualités que je pressens en Yous.
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