La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

6 LA 1\E\'l'E SOCIALISTE les libertés politiques refusées par l'Empire et l'assimilation à la mctropole. Sans doute la délégation de Tours eût pu se réfugier dans cette politique d'abstention et d'inertie, la seule qui soit pratique<.: par certains hommes d'État, soucieux avant tout de leur tranquillité personnelle. Sans doute aussi, trente ans aprés les décisions prises et quand la théorie de l'assimilation est condamnée par la pratique, les prophètes du passè et autres publicistes éminents à la manière de M. LeroyBeaulieu, peuvent tout à leur aise écrire que la délégation de Tours aurait dû considérer ses pouvoirs comme très limités en droit et agir le moins possible. Mais ces hommes conYaincus, ces républic:lÎns de 48 n'admettaient pas qu'une fois au pouYoir il y eùt :1Yec les principes ardemment défendus dans l'opposition des accommodements jcsuitiques. De plus, il fallait pacifier l'Algérie,priYée de troupes rcguliéres, en donnant au comité qui s'agitait des légitimes satisfactions : :iu moment OLI il fallait armer la garde nation:ile, il ct:iit impossible de ne point accorder les droits, sans risquer de déchaîner la guerre civile. Enfin l'eussent-ils \'oulu, les délégués de Tours n'auraient pas pu rester dans le sta/11quo. Les Algériens avaient envoyé aupres du gouYcrnement des hommes <l'action qui fatiguaient Gambetta de leurs instances. Crémieux deYait donc agir, exécuter le programme dont la réalisation était passionnement attendue et il :igit :ivec une telle ampleur de vue et dans un esprit de libéralisme et d'a-propos si incontestable, qu'en somme la constitution algeriennc repose encore sur les bases jetées par Adolphe Crémieux. Malgré des rectifications de detail nécessitées par l'experience et les modifications qu'il fallut apporter à une œuvre hâtiYCment faite dans une période de troubles, l'Algérie doit son organisation actuelle aux trente décrets rendus sur la proposition du ministre de la justice par le gouvernement de la Défense national"e. Et quand les antijuifs réclament si imprudemment contre l'un d'entre eux, ils prouvent une fois de plus cc que vaut leur républicanisme.« Faites attention aux conséquences de vos paroles, leur disait M. Barthou; prenez bien garde, excellents républicains que vous êtes, que vos paroles ne se retournent contre vous et qu'on en induise demain que tous les décrets rendus par le gouvernement ou sa délégation sont des décrets illégaux. » Cc ne serait rien moins que la destruction <lu régime civil que n'a pas osé faire l'Assemblée de malheur, l'Assemblée de 1871, et le retour aux pratiques administratives que l'Empire lui-même avait dû abandonner. Qu'on ne l'oublie pas, en effet Crémieux, par cette sc'.:riede décrets qui font une œuvre une et synthéthique, et telle qu'on ne peut en supprimer une partie sans détruire l'ensemble, établit le gouvernement civil, réalise l'assimilation tant souhaitée, crée les trois départements, place les bureaux arabes sous l'autorité des préfets, dote.l'Algérie de

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