126 LA REVCE SOCIALISTE REVUE DES LIVRES Les Transformations du Pouvoir, par G. TARDE (Librairie Hlix Alcan). - Appliquant sa méthode, que nos kcteurs connaissent bien, à l'évolution des formes politiques, M. Tarde nous montre le double rôle de l'imitation, - hérédité et de l'opposition - sélection jouant dans toute leur force et dans toute leur plénitude sur le vaste champ des sociétés humaines. On sait que toute imitation présuppose innovation, c'est-à-dire initiative d'un individu ou d'un groupe d'indi,·idus. M. Tarde s'est beaucoup attaché à montrer la part active de l'invention dans l'incessant développement politique des peuples européens. L'examen de cette qu<.:stion le conduit à des découvertes véritablement originales. Après avoir établi l'importance des noblesses dans l'histoire, noblesse militaire, noblesse religieuse, noblesse économique, noblesse esthétique, il les montre transmettant, bien involontairement d'ailleurs, leur utiliti'.: aux capitales. Les capitales sont, en effet, les groupes nobles des sociétés, c'est d'elles que surgit toute initiative et qut.: vient toutt.: direction : c'est dans leurs murs qu'affluent les meilleurs - et aussi les pires - en tout cas les plus énergiques. Comme, finalement, le bien l'emporte sur le mal, les meilleurs s'imposent, et le progrès général s'ensuit. Comme, d'autre part, la loi d'imitation agit avec d'autant plus de force que le groupe initiateur est plus fortement organisé et que le groupe imitateur est plus directement en contact avec lui, les provinces suivent d'assez près les capitales dans le sens du progrès général. Cette vue optimiste est surtout vraie dans l'avenir; car, pour le présent, nous ne sentons que les inconvénients causés par la formidable attraction des capitales. li est vrai que la constatation de ces inconvénients pousse les esprits éclairés, non à supprimer la capitale, mais à multiplier les capitales afin de <lifluser l'esprit d'initiative et de faire pénétrer partout le rayonnement des centres d'imitation. La création récente des universités régionales est un premier et excellent effort dans ce sens, mais il reste encore beaucoup à faire. A signaler, dans ce beau livre qui en contient de nombreuses, les superbes pages sur la prétendue antinomie qui existerait entre la morale et la politique. « En réalité, dit avec force M. Tarde, pour les peuples comme pour les individus, la moralité, à la condition de s'assouplir aux changements des choses humaines, est la grande voie de la prospérité et de la paix. Mais il faut convenir - et c'est ce qui a donné lieu à la réputation d'immoralité habituelle faite aux hommes d'Etat - que la morale de la vie privée, essentiellement conformiste, à laquelle les particuliers doivent se soumettre, ne s'accorde pas toujours, dans ses prescriptions ou ses interdictions, avec la morale de la vie
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