La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

124 LA REVUE SOCIALISTE cité dans les ministeres, le favoritisme. Ces moyens de gouvernement seront en effet usités tant que le peuple n'aura point achevé son éducation politique et, scion l'expression même de M. Galabert, « tant que le suffrage universel, qui est le juge suprême, ne sera pas éclaire et incorruptible». Or, en posant fort justement cette double condition, M. Galabert ne la déclare point irréalisable. Il espere donc, avec nous, qu'elle sera un jour réalisée. Mais ce n'est point dans le peuple qu'il place son espérance. Je veux dire qu'il ne croit pas que le peuple ait en lui-même la force d'impulsion vers une plus complète clairvoyance politique et morale. Et ici il nous ramene, fort logiquement d'ailleurs, à son projet de constitution mcthodique d'une autorité spirituelle. Parlant de l'état actuel de l'opinion, en proie aux aigrefins de la politique, il dit excellemment:« Il faut la ramener, cette opinion, et pour cela, être indépendant, désintéressé et, de plus, le paraître; ne donner aucune prise au soupçon, n'avoir pas l'air de poursuivre des avantages personnels. » Il est certain que lorsque les grands capitalistes du centre et de la droite, après avoir voté des primes à la raffinerie et à la navigation, refusent, au nom de la prétendue liberté des contrats, un peu de liberté aux ouvriers que jugule un patronat impitoyable dans son avidité, ils donnent quelque« prise au soupçon ii de cc poursuivre des avantages personnels ii. Mais, ajoute M. Galabert parlant de l'opinion, « elle peut s'égarer de nouveau et toujours il sera indispensable de la maintenir, de la diriger, de sauvegarder la vcrité et la justice, decombattre le mal, d'aider l'humanité à s'affranchir des liens de l'animalité, à surmonter les crises dangereuses qui meneraient à la régression >>. D'accord, et nous avons vu dans une crise récente la masse parlementaire s'affoler à la suite de l'affolement des masses populaires, épouser leurs haines et leurs préjugés, céder à leurs fureurs, tolérer qu'un ministre de la justice lui donnât du haut de la tribune des leçons de lâcheté morale et civique en lui criant : - Messieurs, songez à vos circonscriptions! Mais dans cet avilissement général, dans cet asservissement aux caprices du suffrage universel égaré par une presse sans scrupules, n'a-t-on pas vu· un parti se tenir debout, affirmer quand même la justice dans la déroute générale? Et n'est-ce pas lui qui triomphe, dans la personne de ses militants, de ses publicistes et de ses élus, aujourd'hui où le dernier mot, dans cette crise finissante, reste à la vérité et à la justice? M. Galabert pourrait-il nier qu'en cette circonstance grave, où le chef officiel du positivisme lui-même pencha un instant pour l'autorité sans contrè>le et pour les affirmations sans preuYes qu'elle prétendait imposer à tous, le parti socialiste réunit avec clairvoyance et courage le pouvoir spirituel adéquat à la part du pouvoir temporel qui lui était dévolue? Donc, cette tâche cc assez difficile, assez pénible et assez grande

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