116 LA RE\"UE SOCIALISTE <l'une zone neutre, ainsi que le territoire de la tribu; la loi romaine ' des Douze Tables la fixait à cinq pieds; des bornes marquaient ses limites, d'abord elles n'étaient que des tas de pierre ou des troncs d'arbre, cc n'est que plus tard qu'on leur <lonna la formé de piliers à tête humaine, auxquels on ajoutait parfois des bras. Ces monceaux de pierre et ces morceaux de bois étaient des Dieux pour les Grecs et les Latins, on jurait de ne pas les déplacer ( r); le laboureur ne deYait pas s'en approcher de peur que « le Dieu se sentant heurté par le soc de la charrue ne lui criât : Arrête, ceci est mon champ, voilà le tien ». (Ovide, Fas/es.) - « Maudit qui transporte la borne du prochain; tout le monde lui criera : Amen », fulmine Jéhovah (Deutéronome, xxvn, r7). Les Étrusques appelaient toutes les malédictions sur la tête du coupable:« Celui qui aura déplacé la borne, dit un de leurs anathèmes sacrés, sera condamné par les Dieux, sa maison disparaîtra, sa race s'éteindra, sa terre ne produira plus de fruits; la grêl-e, la rouille, les feux de la canicule détruiront ses moissons; ses membres se couvriront d'ulcères et tomberont en corruption. » Si la propriété apportait a l'humanité la Justice, elle en chassait la Fraternité. Tous les ans, aux Terminales, les propriétaires mitoyens du Latium enguirlandaient les bornes, faisaient des offrandes de miel, de blé et de vin et immolaient un agneau sur un autel, construit pour l'occasion, car c'était un crime que de tacher de sang la borne sacrée. S'il est vrai, seion le mot du poète latin, que la peur engendra les Dieux, il est encore plus vrai que les Dieux n'ont été inYentés que· pour inspirer la terreur : les Grecs créèrent des déesses terribles pour dompter l'instinct préhenseur et pour horrifier les violateurs du bien d'autrui. Diké et Némésis appartiennent a cette catégorie de divinités : elles naquirent postérieurement à l'introduction des partages agraires, ainsi que l'indiquent leurs noms ; elles furent chargées de maintenir les nouveaux usages et de chitier ceux qui les enfreignaient. Diké, épouvantable comme les Erinnies, avec lesquelles elle s'allie pour terrifier et punir, s'apaise à mesure que les hommes s'habituèrent a respecter les nouvelles coutumes agraires ; elle se dépouille peu ;\ peu de son aspect rébarbatif. Ném~sis présidait aux partages et veillait à ce que la distribution des terres se pratiquât d'une manière équitable. Némésis, sur le bas-relief qui reproduit la mort de Méléagre, est représentée un rouleau à la main, sans doute le rouleau sur lequel on inscrivait les lots échus a chaque famille; son pied pose sur la roue de la (1) Platon, dans ses Lois, dit : « Notre première loi doit être celle-ci : que personne ne touche à la borne qui sépare un champ de celui du voisin, car elle doit rester immobile; que nul ne s'avise d'ébranler la pierre qu'on s'est engagé par serment à laisser en place. »
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