RECHERCHES SUR L'ORIGINE DE L'IDÉE DE JL:STICE II 3 partage !'.:gal,coutume, finit par être le 110111 de la deesse <le la Justice ( r). Si l'égalité la plus parfaite doit p1ùider a la distribution des aliments, a plus forte raison le sentiment égalitaire sera en evcil lorsqu'il s'agira de distribuer les terres, qui procureront des vivres :'t toute la famille; car le partage des terres se faisait par famille, proportionnellement au nombre de ses membres mâles. * * * On a dit, aYec raison, que les inondations du Nil forcerent les Egyptiens a invente1: les premiers éléments de la géométrie, afin de pouvoir redistribuer les champs, dont le fleuve débordé avait effacé les démarcations. La mise en commun des terres arables après la ré- ·colte et leurs redistributions annuelles imposèrent aux autres peuples les mêmes nécessités que les débordements du Nil. Les hommes primitifs durent dans tous les pays découvrir par eux-mêmes les éléments de l'arpentage, sans passer par l'école des Egyptiens. On ne peut mesurer que parce qu'on sait compter. Probablement le troupeau fortifia l'idée de nombre et développa la numération, le partage des terres engendra l'idée de mesure et le vase celle de capacité. L11géométrie rectiligne, comme de juste, fut découverte la première; il fallut des années et des années pour apprendre a décomposer la courbe en une infinit<'.: de lignes droites et l'aire du cercle en une infinité de triangles isocèles. Les terres arables furent donc divisées en surfaces rectilignes, en parallélogrammes très longs et très étroits. Mais avant de savoir mesurer la surface des parallélogrammes en multipliant la base par la hauteur, par conséquent aYant de pouvoir les égaliser, les hommes primitifs ne pouvaient être satisfaits que si les pièces -de terre revenant a chaque famille étaient renfermées dans des lignes droites d'égales longueurs; ils obtenaient ces lignes en reportant sur le sol le même bàton, un même nombre de fois. Le bàton qui servait à mesurer la longueur des lignes était sacré; les hiéroglyphes égyptiens prennent pour symbole de la Justice et de la Vérité la coudée, (r) Un fragment d'Héraclide de Pont, disciple de Platon, contient une description des repas communistes des Doriens. Chaque personne aux A11dreits (repas commun des ho_mmes) recevait une part égale, excepté l'Archonte, membre du conseil des anciens, qui avait droit ù une quadruple portion; une en sa qualité de citoyen, une deuxième en sa qualité de président de table et deux autres pour l'entretien de la salle, qui devaient probablement être réservés aux serviteurs. Chaque table était sous la surveillance spéciale d'une matriarche, qui distribuait les aliments aux convives. Cette fonction de distributrice, réservée itlafrmme, impressionna si fortement les Grecs préhistoriques,qu'ils personnifièrent la Destinée et les Destins par des déesses, Moira, Aisa, les Kéres, dont les noms signifient, part qui revient dans une distribution de vivres ou de butin. 8
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==