RECHERCHES SUR L'ORIGl~E DE L'IDÉE DE JUSTICE 109 werhgeld continua à ètre payé aux parents de la victime, tandis que les amendes entrèrent <lans les caisses royales ou publiques : c'est a peu prés ce qui existe de nos jours dans les pays capitalistes, où le werhgeld a pris lè nom_de dommages et intérêts. * * * L'esprit simpliste et égalitaire du sauYage l'aYait conduit au talion vie pour vie, blessure pour blessure, c'était tout ce qu'il pouvait imaginer pour réglementer la Yengeance; mais lorsque, sous l'action de la propriété, le talion se transforma et que l'équation brutale, vie pour vie, fut remplacée par l'équation économique, bestiaux et autres biens pour .vie, blessure, injure, etc., l'esprit du barbare fut soumis à une rude épreuve : il eut à résoudre un problème qui l'obligeait à pénétrer dans le domaine de l'abstraction. Il aYait d'un côté à peser le dommage matériel et moral causé à une famille par la mort d'un des siens et à un individu pour la perte d'un de ses membres ou par une insulte et de ·l'autre côté à mesurer l'avantage que leur procu~erait la cession de certains biens matériels, c'est-à-dire qu'il· lui fallait doser et équivaloir des choses n'ayant entre elles aucun rapport matériel direct. Le barbare commença brutalement par réclamer, dans le cas de meurtre, la ruine sociale du coupable, sa mort économique, la cession Je tous ses biens, pour arriver, apn::s bien d'efforts intellectuels, par tarifer la Yie, la perte d'un œil, d'une dent et même des insultes. Cette tarification lui fit forcément acquerir de nouvelles notions abstraites sur les rapports des hommes entre eux et avec les choses, qui, à leur tour, engendrèrent dans son cerveau l'idée de justice rétributive, laquelle a pour mission de proportionner, aussi exactement que possible, la compensation au dommage. II LA JUSTICE DISTRIBUTIVE L'instinct de conservation, le premier et le plus impérieux des instincts, pousse l'homme sauvage, ainsi que l'animal, son ancêtre, à s'emparer des objets dont il a besoin; tout cequ'il peut saisir, il l'empoigne pour satisfaire soit sa faim, soit sa fantaisie. Il se com.porte envers les biens matériels de la même façon que le savant et le littérateur envers les biens intellectuels; il prend son bien partout où il le trouve,
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