108 LA REVUE SOCIALISTE genoux jusqu'aux pieds de la partie offensée, qui, après lui avoir enlevé les armes, le soulcve et l'embrasse en lui disant : Dieu vous pardonne. Les spectateurs félicitent par de joyeux applaudissements les ennemis réconciliés ... Cette cérémonie, nommée le cercle du sang, se termine par une fête donnée aux dépens du meurtrier et à laquelle prennent part tous les assistants» (x). Le Bédouin, quoique acceptant l'argent du sang, force le meurtrier et sa famille à se reconnaître ses obligés. La rétribution du sang fut au début abandonnée à l'arbitraire de la partie offensée, qui à sa guise déterminait la quantité et la qualité des objets à donner pour l'apaiser. Les Sagas nous montrent l'islandais fixant lui-même le prix du sang et ne se contentant de rien moins que de tous les biens du meurtrier et de sa famille; il lui fallait pour apaiser sa passion de vengeance le dépouillement complet, afin de priver le coupable et sa famille des joies de la vie. L'exagération de la compensation rendait pratiquement impossible ce mode d'expiation et donnait lieu à d'interminables débats : les barbares, pour obvier à cette difficulté, se virent forcés de déterminer le prix qu'il était permis de réclamer. Les codes barbares fixent minutieusement le prix à payer en nature ou en monnaie pour la vie d'un homme libre, d'après sa naissance et son rang, pour des blessures à la main, au bras, a la jambe, etc., et pour toute injure à son honneur et toute atteinte à sa paix domestique. Le roi, aussi bien que le paysan, était protégé par un werhgel~ payable à ses parents : la seule différence entre le werhgeld du roi et celui des autres indiYidus de la nation était le taux du prix du sang (2). La famille du coupable était responsable du paiement du prix du sang, que la famille de la victime partageait entre ses membres, proportionnellement au degré de parenté. Les Gragas d'[slande indiquent le mode de partage : les mâles de la famille étaient diYisées en cinq cercles ou degrés de parenté; le premier cercle, composé du père, de la mcre et du fils aîné, recevait ou payait 3 marcks; les deuxieme et troisiéme cercles, 2 marcks, le quatrième x marck et le cinquième une ore ou un huitième de marck. Le werhgcld amena la création d'un corps officiel chargé de surYeiller son application; plus tard, des amendes lui furent ajoutées. Le (1) Krasinski. Mo11/e11egraond tbe Slavo11ia11osf Turkey, 1853. (2) L'établissement du werhgeld amène cette curieuse conséquence que Mallet Constate chez les Scandi11:n-cs; puisque b mort d'un homme libre et des blessures it sa main, son pied, etc., sont tarifées, le corps d'un débiteur doit être rendu responsable de la dette contractée. C'est. ce raisonnement qui, dans tous les pays, a donné au créancier le droit de mutiler et de faire esclave son débiteur.
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