La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

104 LA RE\"UE SOCIALISTE Les membres <le la tribu, ainsi que c'était le cas chez les Scandinaves, réunis en assemblée, formaient ce premier tribunal arbitral ; mais à cause des difficultés que présentait la réunion <le telles assemblées, on ne leur soumettait que les cas de meurtre ou de blessures graves ; pour ceux de moindre importance, tels que coups et blessures n'entraînant pas la mort ou la perte d'un membre, ils deYaicnt être tranchés par le conseil des anciens. Moïse, sur le conseil de son beau-pére, Jethro, choisit« <les hommes vertueux et les établit chefs des milliers, chefs des centaines, chefs des cinquantaines,chefs <lesdizaines pour juger le peuple en tout temps », mais ils devaient lui rapporterles causes graves (Exode,xvm). Moïse reproduisait dans le désert probablement ce qui existait en Egypte. Un conseil <le druides était en Gaule clurgé de connaître l'offense et de fixer la rétribution : si l'une des parties refusait de se soumettre à son arrêt, il l'interdisait des sacrifices, cc qui constituait la plus terrible pénalité, car l'interdit était fui par tout le monde.(César : De hello Gallica, VI, r3.) L'Aréopage réglait à Athènes la Yengeance. Eschyle met dans la bouche des Erinnies, qui viennent de perdre leur proccs, ces paroles, dépeignant les maux qui avaient rendu nécessaire l'institution d'un semblable tribunal : « Que jamais la Discorde insatiable de meurtre ne fasse entendre Jans la ville ses rugissements, (maintenant que !'Aréopage existe pour régler les Yendettcs); que jamais le sang des citoyens n'abreuve, ne rougisse Ja poussi<'.:reet que jamais pour Yenger un meurtre un autre meurtrier ne se dresse e11 courroux dans Athènes. » Ces antiques Messes, filles de la Nuit, qui personnifiaient la vengeance primitiYe, prononçaient leur oraison funèbre : après l'institution <le I' Aréopage, elles s'apais<'.:rent et perdirent avec leur fonction leur caractère farouche; elles changerent alors de noms et s'appelèrent les Euménides, c'est-:i-dire les nonnes Déesses. L' Aréopage devait remonter à une tres haute antiquité : une autre légende dit qu'il fut établi pour se prononcer sur le meurtre commis par Arès ; il avait tué le fils de Poséidon qui avait violé sa fille, il fut acquitté par les douze dieux qui formaient le tribunal; d'ailleurs le mot Aréopage signifie colline d'Arès. Une autre légende veut que le premier meurtre dont il eut à s'occuper fut celui de Procris, tué inYolontairement à la chasse par son époux Céphale. Cette légende et celle du matricide Oreste feraient remonter l'institution de !'Aréopage à la période <lu matriarcat, qui, at! temps de la guerre de Troie, achevait d'être remplacé par le patriarcat: en effet, du moment que la femme cesse d'être chef de la famille, elle entre en esclaYe dans la maison de son mari, qui a droit de vie et de mort sur elle; son fils même possé- .dait ce droit, par conséquent on ne peut plus demander vengeance de

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