• LA NATURALISATION DES JUIFS ALGÉRIENS 3 Malheureusement la plaisanterie était un peu forte et on a dû, même parmi les plus purs, abandonner le coup de la mystification pour s'en tenir seulément, comme le publiciste précité, « a démontrer dans quelles conditions vraiment singulières le décret fut promulgué ». Eh bien, nous allons démontrer, nous aussi, une fois de plus, d'abord dans quelles conditions il fut promulgué et, en même temps, comment les antisémites comprennent la véracité historique et renseignent ceux qui les lisent ou les entendent. Après Louis Forest (1), dont l'excellent travail résume avec une clarté décisive tous les documents imprimés sur la question; après M. Louis Barthou (2), qui eut à sa disposition comme ministre tout le dossier administratif; après M. Rouan et, qui a eu le mérite au moment où l'on croyait la question épuisée de Yerser aux débats un document qui en éclaire tout un côté nouveau, rappelons que la naturalisation des lsraélites indigènes fut une œuvre lentement préparée, très sérieusement discutée, et décidée enfin sur la demande réitérée de tous les conseils élus de l'Algérie, des trois consistoires réunis à Alger. « Les publicistes étaient un.a.ni.mes, écrit à ce propos M. Henri Louis (3) résumant toute la question en traits frappants et décisifs. MM. de Baudicour dès 1847, Ch. Gillotte en 1858, Jules Delsieux en 1860, le président Fregier, en 1865, réclamaient la naturalisation collective des Israélites indigènes . . . . En effet les Juifs algériens formaient dans la colonie un groupe relativement peu nombreux; ils n'étaient que 38,000 et, par suite, leur naturalisation apparaissait comme une expérience sans danger. Mêlés à ·1a vie moderne par les affaires, endins à rechercher l'instruction française, les Juifs étaient déjà en partie assimilés et ;\1 !. de Fourtou, en 1871, dans un rapport qui n'est pas suspect puisqu'il conclut contre eux, pouvait dire : « Dans les grandes cités de notre colonie, un grand nombre d'Israélites ont atteint, par l'éducation et par les mœurs, le niveau moral de la société européenne qui les entoure. Ceux-là, dignes en toutes choses de leurs coreligionnaires de France, ont souvent rendu à notre pays de réels services, et ils ont conquis, au milieu de nos concitoyens de l'Algérie, une place qu'il est juste de reconnaître et d'honorer. » Ce n'est pas tout. Le groupe juif était fidéle. Son attachement à la France, tout de suite déclaré, ne s'était jamais démenti. Pendant la période de conquête, ils avaient fourni nombre d'interprètes dévoués, quelques-uns même héroïques; ils avaient donné à l'armée quelques brillants officiers de spahis (1) Louis Forest. La Naturalisation des Juifs Algériem. Paris. Le Sène, Houdin et Cie, éditeurs. (2) Louis Barthou. Chambre des députés. journal officiel, séances du 19 février 1898 et 15 mai 1898. (3) Le Siècle du 8 mai 1899 : Le décret Crémieux. Ses origines.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==