La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

102 LA REVUE SOCIALISTE Grecs ho1nériques, bien que d'une civilisation relativement supérieure, n'avait pas de mot pour loi; et il· est impossible de concevoir la Justice sans lois (1). * * * Le talion, inventé et introduit pour échapper aux dangers des vendettes, et admis par les hommes primitifs parce qu'il donnait pleine satisfaction à leur passion de vengeance, dut être réglementé dès qu'il passa dans les mœurs. Le clan tout entier avait primitiYement droit à la vengeance, qu'il exercait sur n'importe quel membre du clan qui avait commis l'offense : on commença par limiter le nombre de personnes gui pouvaient exercer la vengeance et celui des personnes sur lesquels il était permis de l'exercer. Le thar, la loi du sang des Bédouins et de presque tous les Arabes, autorise tout individu compris dans les cinq premiers degrés <leparenté de tuer n'importe quel parent du meurtrier compris dans ces cinq premiers degrés : cette coutume a dû être générale, car chez les Germains et les Scandinaves le werhgeld était paf: et reçu par les parents des cinq premiers cercles ou degrés. Cette coutume, quoique restreignant le champ de la Yengeance, lui livrait cependant un trop vaste choix de victimes; aussi chez les Hébreux on constate des tentatives pour le restreindre et pour limiter la vengeance au coupable. Jéhovah, qui ne craint pas de se contredir~, ordonne dans le Deutéro11ome (xx1v, 16) « de ne pas faire mourir les pères pour les enfants, ni les enfants pour les pc':res, mais chacun sera mis à mort pour son propre péché ». Il était si difficile d'imposer cette limitation à la fougueuse vengeance, que longtemps après l'Éternel proteste contre le proverbe qui dit : « Les pères ont mangé le verjus et les dents des enfants sont agacées. Je suis vivant et vous n'userez plus de ce proverbe en Israël. Voici, toutes les âmes sont à moi, l'âme de l'enfant est à moi comme l'âme du père, et l'âme gui pèchera, sera celle qui mourra. » (Ezéchiel, xvm, 2, 3, 4.) Mais il fut encore plus difficile de limiter le nombre des personnes se considérant en droit d'exercer la vengeance, pour finir par le leur enlever. La passion de la vengeance ne pouvait être assouvie que si le plus proche parent de la victime punissait le coupable : ainsi c'est Pyrrhus, le fils d'Achille, qui devant l'armée achéer:.ne doit immoler la sœur du meurtrier de son père. Caillaud rapporte que chez certaines tribus du désert africain, le coupable est remis :\ l'entière (1) Cette absence du mot loi avait frappe les anciens : l'historien Josèphe remarque avec etonnement que dans l'Iliade le mot nomos, qui plus tard devait signifier loi, n'tst jamais employe dans ce sens.

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