RECIIEHCHES SvR 1.'01UGl~E DE L'rn,~E DE JUSTICE 99 eurent établi le werhgeld, c'est-a-dire la compensation monétaire de l'offense, tous les membres de la famille se partageaient le prix du sang; mais le fran.k qui était sorti de la communauté familiale n'avait pas droit au ,verhgeld; s'il était tué, c'était le roi qui devenait son vengeur et qui reccYait le prix de son sang. Mais parce que le clan ressent l'injure faite à l'un de ses membres, le clan tout entier devient responsable de l'offense commise par l'un de ses membres. L'offense est collectiYe, comme l'injure (r). Le clan offensé se Yenge en tuant un individu quelconque du clan offenseur. « Il n~gne dans les peuplades australiennes une consternation générale, écrit Sir G. Grey, quand un meurtre est commis, surtout si le coupable a échappe, car ses parents se considèrent coupables et il n'y a que les personnes qui n'ont aucune relation aYcc la famille qui ,se croient en sùreté. )) Un meurtre, c'est la déclaration de guerre entre deux familles, entre deux clans : guerre d'embùches et d'extermination, qui se perpétue des années, car un meurtre demande une mort pour le Yenger, qui a son tou,· rcclame vengeance; parfois les deux clans tout entiers en viennent aux mains. Il n'y a pas un dcmisiècle, qu'en Dalmatie « la guerre s'étendait des familles a tout le Yillage et parfois la guerre civile se déchaînait sur tout le district)) (2). On se Yenge sur les femmes et les enfants : les Scandinaves n'épargnaient pas même les nouveaux-nés au berceau, car « un loup est aux aguets dans le tendre enfant)), disent les Eddas. Même dans ce siècle les Grecs exerçaient la vengeance sur les enfants miles t1gésde plus de huit ans; les femmes et les jeunes filles étaient seules épargnées (3). Ce ne sont pas seulement les meurtres réels qui impérieusement demandent vengeance, mais encore les meurtres imaginaires que crée la superstitieuse intelligence du sauYage. Aucune mort n'est naturelle pour. l'Australien, tout décès est l'œuvre des maléfices d'un ennemi appartenant à un clan rival, et le devoir des parents est de v-::nger le défunt en tuant, non pas préciscment l'auteur presumé des maléfices, mais un membre quelconque de son clan, plusieurs même s'ils le peuvent (4). D'ailleurs le mort se vengeait lui-même, son esprit venait torturer le coupable. Fraser prétend qu'une des causes de la (c) La responsabilité collecti,·e semble encore si naturelle au Moyen-Age, que les ordonnances d'Edouard l" J'Angleterre rendent toute la corporation de métier responsable du crime d'un de ses affiliés. (2) Sir Gardner V/ilkinson. Dalmalia and Mo11/megro, r848. (3) Lord Carnarvon. Remi11icemes of Atbws a11di\forea. ( 4 ) Jésus-Christ, Saint-Paul et les Apôtres partageaient avec les sauvages cette opinion : les maladies étaient, scion eux, l'œuvre du demon, l'ennemi du genre humain. (Sai11/-.\1atbiw, IX ,33· Sai11t-Luc, xr, 14. Acles des Apôtres, XIX, I2 etc.). Cette superstition a, pendant des siècles, allumé dans l'Europe chrétienne-les bûchers des sorcières.
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