La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

• • LA REVUE SOCIALISTE sont, au contraire, ces dcsordres qui engendrent l'ordre. Je vais essayer de le demontrer. "' * * La passion implacable et furibonde de la vengeance que l'on retrouve dans l'âme des sauvages et des barbares de l'ancien et du nouveau monde, ainsi que le prouvent les citations précédentes, leur est imposée par les conditions des milieux naturel et social da·ns lesquels ils se meuvent. Le sauyage, en guerre perpétuelle avec les bêtes et les hommes et l'esprit hanté de dangers imaginaires, ne peut Yine isolé; il s'agglo- . mere en troupeaux; il ne peut comprendre l'existence en dehors de sa horde: l'en expulser, c'est le condamner à mort (r). Les membres •de la tribu se considerent issus d'un ancêtre unique; le même sang circule dans leurs Yeines, verser le sang d'un membre, c'est verser le sang de la tribu tout enticre. Le sauYage n'a pas d'individualité, c'est la tribu, le clan et plus tard la famille qui posscdent une individualité. La solidarité la plus ctroite et la plus solide soude ensemble les membres d'une tribu, q'un clan, au point d'en faire un seul être, corn me les Hccatonchyres de la Mythologie grecque; aussi, dans les peuplades les plus primitives qu'il a été donné d'observer, les femmes sont communes, et les enfants appartiennent à la horde; la proprié!é individuelle n'y fait pas encore son apparition, les objets les plus personnels, tels que armes et ornements, passent de mains en mains avec la plus étonnante rapidité, rapportent Fison et Howitt, ces consciencieux et intelligents obserYateurs des mœurs australiennes . Les membre, des tribus sauvages et des clans barbares se meuvent et agissent en commun, comme un seul homme; ils se déplacent, chassent, se battent· et cultivent la terre en cc,mmum; quand la tactique guerriere se p·erfectionne, ils se rangent en bataille par tribus, clans et familles. Ils mettent en commun les offenses, ainsi que tout le reste. L'injure faite à un sauvage est ressentie par tout son clan, comme si elle était personnelle à chaque membre. Faire couler le sang d'un sauvage, c'est ,·erser le sang du clan; tous ses membres ont le devoir d'en tirer vengeance : la Yengeance est collective, comme le mariage et la propriété. Le droit d'exercer la vengeance était, chez les Germains barbares, le lien par excellence de la famille. Lorsque les tribus franques (1) Caïn, chassé de son clan après le meurtre d'Abel, se lamente : « Ma peine est plus grande que je ne puis porter; tu m'as chassé de cette terre-ci ... je serai errant et fugitif sur la terre et il arrivera que quiconque me rencontrera, me tuera.» (Genese, rv, 13, 14.) L'exil est un des plus terribles châtiments des sociétés antiques.

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