RECHERCHES SCR L'o1uc1:-;E DE r.'rnf:E DE JUSTICE 97 vement ( I ). Elles n'apparaissaient à la lumière du soleil que pour souffler la passion de la vengeance et pour poursuivre, infatigables, sur terre et sur mer, le meurtrier: nul mortel ne pouvait leur échapper. Leur rage pourcha'ssait le coupable et sa famille et s'étendait sur celui qui lui donnait asile, sur des cités et des contrées enticres : elles excitaient les guerres civiles et semaient la peste et la famine. Le chœur des Erin nies d'Eschyle, quand Oreste Yaleur échapper, s'écrie : << Je nis sur cette contrée (!'Attique) répandre le contagieux Yenin de mon cœur, ce venin fatal i la terre, et les fruits périront dans leurs germes et comme eux périront les petits des animaux et les enfants des hommes. Tes flé:1ux, 6 vengeance, sèmeront dans la contrée la dévastation! >> Le Dieu sémite Yengeait également le sang versé sur les plantes, les bêtes et les enfants. La poétique imagination des _Grecs a personnifié dans ces redoutables déesses, dont on craignait de prononcer le nom, les terreurs qu'inspirait aux peuplades primitives le déchainement des passions de la vengeance. * * * Vico, dans la Scienza u11ov11, formule cet axiome de la science sociale : « La législation prend l'homme tel qu'il est pour faire de lui un bon usage dans la société humaine. De la férocité(ferocia), de l'avarice et de l'ambition, ces trois vices qui égarent le genre humain, elle tire l'armée, le commerce et la cour (corte); c'est-à-dire la force, la richesse et le savoir des. républiques; et ces trois grands vices, capables de détruire l'espèce humaine, créent la félicité sociale. « Cet axiome démontre l'existence d'une providence divine, laquelle est la divine pensée législatrice, qui, des passiousdes hommes, absorbéscomplètémentdans leurs i11térétsprivés, lesquels les feraient vivre en bêtes féroces dans la solitude, tire l'ordre civil qui les permet de vivre en sociétés humaines. >> •La loi impassible, selon le mot d'Aristote, est en effet sortie de la passion de la vengeance, furibonde et toujours bouillonnante. Mais ce n'est pas une intelligence législatrice divine, qui, ainsi que le pensait Vico, crée l'ordre avec les désordres des passions humaines, ce (1) Les malédictions ne sont pas paroles oiseuses pour le barbare : la parole, le Verbe est pour lui doué d'une puissance irrésistible, les Dieux eux-mêmes obéissaient aux imprécations <lesmortels; aussi les Juifs, ainsi que les Chinois, condamnaient il mort celui qui avait maudit sou père ou sa mère. (Exode, xxr, 17.) Le catholicisme, en donnant au confesseur ·1e pouvoir de lier et de délier sur terre et au ciel les péchés, il J'aide d'une formule, reproduit la primitive idé.e des sauvages sur la puissance de la parole. 7
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