LA REVUE SOCIALISTE même qu'il serait celui d'une vieille femme.» On cite des PeauxRouges qui se sont suicidés parce qu'ils ne pouvaient se venger. Le Figien qui a reçu une injure place à portée de sa vue un objet qu'il n'enlève qu'après avoir assouYi sa Yengeance. Les femmes slaves de Dalmatie-montraient à l'enfant la chemise ensanglantée du père tué pour l'exciter à la vengeance. « La vengeance vieilk de cent ans a encore ses dents de lait », dit le proverbe afghan. Le Dieu scmite, quoique« tardif à la colère », <c venge l'iniquité des pères sur les enfants et les enfants des enfants; jusqu'à la troisième et quatricrne géncration ». (Exode, xxxrv, 7.) Quatre générations n'apaisent pas sa soif de vengeance : il interdit l'entrée de l'Assemblée jusqu'à la dixième génération aux Moabites et aux Hamonites, pour « n'être pas venus au devant des Israélites, sortant de l'Égypte, avec de l'eau et du pain dans le chemin ». (Deuléro110J11e, xx111, 3, 4.) L'Hébreu pouvait donc dire, ainsi que le Scandina\·e : « L'écaille de l'huître peut tomber en poussière par l'action des années, et mille autres années peuvent passer sur cette poussière, mais la vengeance sera encore chaude dans mon cœur. » Les Érinnies de la Mythologie grecque sont les antiques deesses <c de la vengeance ... de la 50if inextinguible du sang». Le chœur de la grandiose trilogie d'Eschyle, qui palpite des passions torturant l'âme des Dieux et des mortels, crie à Oreste, hésitant à venger son père : <c Que l'qutrage soit puni par l'outrage! Que le meurtre venge le meurtre! ... Mal pour mal, dit la sentence des vieux temps ... Le sangYersé sur la terre demande un autre sang. La terre nourricière a bu le sang du meurtre; il a séché, mais la trace reste ineffaçable et crie nngeancè. » Achille, pour venger la mort de Patrocle, son ami, oublie l'injure d'Agamemnon et étouffe la colère qui le fait assister impassible aux défaites des Achéens; la mort d'Hector n'assouvit pas sa passion, trois fois il traîne son cadavre autour des murs de Troie. Le sauYage et le barbare ne pardonnent jamais : ils savent attendre des années le moment propice de la vengeance. Clytemnestre, pendant dix longues annces, guetta patiemment l'heure de la ,·engeance; quand elle a assassiné Agamemnon, le meurtrier de sa fille, ivre de joie et de sang, elle s'écrie : « La rosée du meurtre est tombce sur moi, aussi douce à mon cœur que l'est pour les champs la pluie de Jupiter dans la saison où le grain de blé sort de l'enveloppe. >> L'homme sanctifie et di\'inise ses passions, surtout lorsqu'elles sont utiles à sa conservation privée et sociale. « La soif inextinguible du sang», la vengeance, érigée en devoir sacré, devient le premier des deYoirs. Les Erinnies, « nombreuses comme les malédictions qui sortent de la bouche d'une mère courroucée », s'élançaient du ténébreux Erèbe, dès que les imprécations leur donnaient vie et mou-
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