La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA QL'ESTIO'.\ Jlï\'E pènétrant; son conia<:t aurait été une contagion morbide, dont se meurent ou mourront sùrement les peuples qui ne prendront pas de mesures de prophylaxie encrgiques contre les effets de leur voisinage dissolvant: ils accaparent, disent-ils, la richesse, corrompent les mœurs, introduisent partout la Yenalité, d'où la haine et la répulsion uniYerselles qu'ils inspirent et qui n'est que l'expression confuse de l'instinct des peuples qui ne Yeulent pas mourir. Est-ce vrai ? Interrogeons les faits en faisant appel, d'abord, au témoignage des pcupks étrangers, qui nous permettra de mieux contrôler ces allcgations. S'il fotit ,·rai que les Juifs fussent une cause de ruine matérielle et morale pour les peuples qui ont la faiblesse de les accueillir, les pays les plus prospères seraient, naturellement, ceux où il n'y a point de Juifs. Là s'épanouirait un ordre économique paisible, assurant à tous le bien-être matériel, en même tcmp~ que la pratique des vertus anciennes, qui sont lc propre de notre race. Or, est-il besoin d'insister sur la décadence irrèmcdiablc de l'Espagne, tombée aux plus bas échelons des peuples ciYilisés? 1'[. Drumont p1ùcnd que les Dominicains inquisiteurs qui extirpèrent impitoyablement du sol espagnol les derniers vestiges du mosaïsme ne furent pas seulement d'excellents religieux, mais surtout de bons patriotes : ( r) à moins que le mot « patriotisme » n'ait aucun sens, il doit signifier dévouement :'t la grandeur de son pays. Est-cc la grandeur de l'E,;pagnc, que les nationalistes antijuifs rê,·cnt pour l.t France? Et pour cc qui est de la pureté des mœurs, de lï10nnêteté politique dont nos antisémites se proclament les chevaliers, qu'on consulte un peu les histoires édifiantes que racontent tous les jours les journaux espagnols sur les voleries de l'État. Les hommes politiques espagnols n'ont de riYaux, en cette maticre, que de l'autre côté de !'Océan, sur le territoire des anciennes colonies de l'Espagne, où le Juif ne s'est pas établi, et où h.:sgénérations façonnées par le catholicisme sont en proie à une vcnalité dont la sérénitè inconsciente stupéfierait M. Drumont lui-m0mc. Bien loin que la présence ou l'absence des Juifs dans un pays aient eu les conséquences que leur attribue l'antisémitisme français, on voit au contraire que les pays les plus prospcrcs, les plus puissamment armés et dont la nationalité s'affirme avec le plus de force, sont les pays de population anglo-saxonne, où les Juifs jouissent de toutes les franchises de leurs concitoyens, sans que ceux-ci les cm·icnt ou les entraYent en quoi.que cc soit. En Amerique et en Angleterre, le terme «Juif» signifie « Israélite»; l'israélite ne se différencie du protestant ou du catholique que par son culte; le Juif prie à la synagogue, l'.\méricain et !'Anglais au temple ou à l'église. Hors de la les uns et (1) La Fi11d'1111Mo11de.

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