86 LA REVUE SOCIALISTE Mais l'exercice de ces professions paraissait une usurpation sur les pri\'ilèges dont jouissaient les ouvriers chrétiens et ceux-ci le leur faisaient vivement sentir. Je Yois dans l'excellente et tres consciencieuse étude sur les Juifs des anciens comtés de Roussillon et de Cerdagne, de J\1. "Vidal, bibliothécaire de Perpignan, qu'à maintes reprises, les ouniers se plaignent de la concurrence de la main-d'œuvre juive. Le bailli, sur la plainte des consuls, d<'.:fend « de donner aucun ouvrage à faire aux Juifs >>. L'arrêté des consuls fut annule, il est vrai, par Alphonse IV d'.\ragon, lequel disait dans une ordonnance que jugeraient séYerement les antisémites actuels: « Il paraît audit seigneur roi que les articles qui défcndcut aux chrétiens de donner de l'ouvrage :1faire, en neuf ou en \'ieux, à des ouniers juifs sont injustes et intolcrablcs. » Mêmes réclamations contre les Juifs portugais, dans une n.:qufte adressée en 1482 par les Cortès d'Evora au roi du Portugal : « Les Cortès demandent que les ou Hiers juifs ne puissent plus parcourir lc,5 campagnes et soient relégués dans les juiYeries ». C'était le sûr moyen de les faire mourir de faim. Ainsi, c'est la mise au ban social qui a jeté les Juifs dans l'usure, qui les a maintenus dans cette fonction économiqne, dont la pratique donnait lieu :iux exccs les plus criants et exaspérait encore le mépris et l:1 haine religieuse du Juif. Car l'usure du l\loyen-.\ge, comme celle des temps antiques, fut impitoyable. On se rappelle avec quelle barbarie l'usurier de Rome, patricien aussi insatiable que le Juif, exploitait la plèbe. Au i\Ioyen-Age, l'usure chrétienne ne le cède en rien à l'usure juiYe. Aux jours de soulhemcnt populaire et de répression, on ne faisait pas grande distinction entre le Juif et le Lombard, le Caorsin, dont les extorsions égalaient, si elles ne les dépassaient pas, celles des Israélites. i\faints témoignages contemporains concordent sur cc point. \'oici un passage bien explicite de la chronique rimée de Geoffroy de Pari5 qui montre que l'expulsion des Juifs n'expulsa pas l'usure: Car Juis furent· debonères Trop plus en faisant telz affères Que le furent ore (maintenant) chrestiens. Pleize (caution) demandent et bien, Gaige demandent et tant estorchent (extorquent) Que les gens plume:1t et escorchent . . . . . . . . . . . . . . Mais si les Juis demeuré Fussent au réaume de France, Chrestiens moult grand aisance Eussent eu que ils n'ont pas .... Un chroniqueur normand, cité par M. Pigeonneau, .dans son Histoire du Commerce, constate le mème fait: chrétiens, laïques ou clercs,
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