La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA QCESTIO:-S Jl"I\'E de la constance du· préjugé de haine Yiolente qui la suivait partout. Je pourrais accumuler ici les preuves historiques de ce que j'avance, en citant une foule de documents où l'on voit les puissances temporelles et ecclésiastiques se disputer .iprement la possession, la protection et l'exploitation des Juifs. A cette heure, les nobles commensaux de M. de Rothschild viYc11t au bout de la table juiYe Olt le fils des opprimés de jadis prend sa reYauche des ignominies endurées par ses péres; autrefois, les aïeux du noble parasite contemporain appréciaient, tout comme cc dernier, la Yalcur d'un Juif à l'argent qu'il lui rapportait. Jls rapportaient ~es sommes fantastiques. La « charte des XX juies et lors enffanz », de l'an 1296, nous apprend que Samuel Viole de Rouen valait à son maitre, Philippe IV, trois cents livres par trimestre; somme énorme pour le temps. Dans les comptes cites par Sauvai (tome II, liv. x), on voit que les juifs du comte de Valois donnaient quatre cent soixante-sept francs dix sous par quartier. Le seigneur, le prêtre et le roi étaient l'usurier du Juif: il fallait que le Juif pressurât, tondit jusqu'au sang le troupeau des chrétiens, pour remplir l'escarcelle sans fond du maitre. C'était d'ailleurs la doctrine politique et économique des princes, 1 ise en formules parlethforicien - social de cc temps-là. Il faut que les peuples soient pauvres, pour qu'ils ne puissent pas s'insurger contre le tyran (oporlel e/in111 rnbdit11sfnccre pa11peress,icwim 111i11p1o1tseru11tùtrnrgere co11/rntyra1111idem); s'écriait le docteur des docteurs, Saint-Thomas d'Aquin (1) ; l'usurier était la pompe d'épuisement qui tarissait jusque dans sa source la richesse redoutable des sujets. L'usurier était sans doute un être vil et sans entrailles; le Juif surtout, en ruinant autour de lui ces populations qui le couvraient d'opprobre, deYait trouver une satisfaction intime, singulière à prendre cette rcv:rnche sur tant d'humiliations et d'affronts : mais que dire des puissances sociales dont les antisémites nous vantent la douceur et les vertus, et qui n'éprou\'aient aucune répugnance à s'enrichirdes dépouilles prélevées sur b misère publique? L'argent n'avait pas plus d'odeur alors que le billet de banque d'aujourd'hui. C'était dans la destinée naturelle du Juif, disent gravement les docteurs catholiques, de pressurer les peuples: et ils oublient que: chaque fois qu'ils tentèrent de sortir de l'usure, de pénétrer dans la société économique par l'exercice des professions manuelles, le fanatisme religieux d'une part, de l'autre l'intérêt des traYailleurs dont leur concurrence men,!çait les privilégcs, ne manquaient jamais de les rejeter à la marge du corps social. li s'en fallait que tous les Jui1s fussent riches. Nombre d'entre eux exerçaient des petits métiers, comme on en voit en Orient, en Algérie: cordonniers, tailleurs, orfèYrcs, etc. (1) Commentaire de la Poliliqut d'Aristote.

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