734 LA REVUE SOCIALISTE longtemps, comme une chrysalide sort de son enveloppe et s'envole, brillant papillon, sur les fleurs et vers le ciel. * * * Il nous reste à noter les arguments produits par deux hommes qu'on peut, à bon droit, s'étonner de Yoir adhérer à la Ligue de la Patrie fr:111çaise. Pour M. Giard, dans les événements récents, « il ne s'agit pas d'une question doctrinale », c'est pourquoi il adhère à la Ligue de la Patrit: française. Et il ajoute : « Même en me plaçant au point de vue révolutionnaire j'estime qu'une révolution doit être faite sur une question propre, nettement posée et non à propos d'une obscure affaire d'espionnage remplie de malentendus voulus ou involontaires et de complications confessionnelles. » Ici, M. Giard vise manifestement les socialistes qui ont pris parti dans l'affaire Dreyfus comme dans un combat contre le militarisme et la réaction. M. Giard estime que le terrain n'était pas propice, et que toute révolution, tout acte révolutionnaire doit reposer sur « une question propre, nettement posée ». Le malheur c'est que la foule ne se passionne pas pour une idée,. tant que cette idée n'est pas matérialisée, pour ainsi dire, dans des faits aisément compréhensibles. Prêcher in abstracto la disparition du militarisme, cela peut durer longtemps et cela n'ébranlera guère l'institution; mais prouver, démontrer les tares du haut commandement, faire voir à la foule que les grands chefs, sous le couvert de préparer la défense nationale, songent seulement à leurs intérêts et à leurs ambitions, voilà qui donne des résultats appréciables. Raisonner sur le militarisme, dire qu'il est la plaie du monde moderne, c'est énoncer un théorème. Encore faut-il le démontrer. L'affaire Dreyfus c'est justement notre quoderat demonslrandum. D'ailleurs on accepte le combat où et quand il se présente. Fuir éternellement devant l'ennemi et lui laisser ravager le pays qu'on abandonne devant lui sous prétexte que le lieu n'est pas propice à la bataille, c'est être, pour un révolutionnaire, étrangement pusillanime. Mais !vl. Giard est-il seulement antimilitariste? Il faut en douter puisqu'il déclare à propos de l'affaire Dreyfu~ qu'il y a« à défendre surtout et avant tout l'année nationale ». Les raisons qu'il donne sont des plus curieuses : « L'armée, au siècle ou nous sommes, est une monstrueuse survivance des iges de barbarie; c'est, pour employer le langage des biologistes, un organetémoin, mais un organe malheureusement indispensable à l'intégrité du corps social et j'ajouterai, un organe non
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==