La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LES « INTELLECTUELS » DE LA PATRIE l·RA~ÇAlSE 733 tière. La meilleur~ preuve que l'armée est au service de la ploutocratie, c'est qu'elle agit dans les conflits entre le capital et le travail, toujours au profit de celui-là. li n'est pas une grève qui n'en temoigne. L'armée obéit, dira-t-on, et elle n'agit pas moluproprio. Soit. Mais alors c'est en ceci qu'apparaît justement le défaut de cette discipline dont nous parlions tout à l'heure. L'armée échappe à la tyrannie de l'argent? Et les scandales financiers dont chaque jour elle est le théâtre, et les soldats qu'on fait mourir à Madagascar pour construire une route destinée exclusivement aux voitures Lefèue, de célèbre mémoire? Est-ce qu'il peut monter en grade l'officier qui reste (( orgueilleux de sa pauvreté >>, ne lui faut-il .pas la fortune, ne doit-il pas, avant de se marier, faire état devant ses chefs de la dot de celle qu'il epouse? N'est-il pas obligé de refouler en lui tout sentiment d'amour, si la femme qu'il convoite n'a pas la fortune prescrite par les règlements? Parlerons-nous enfin de cette étrange religion de l'honneur que nous avons obsen·ée chez certains chefs : Boisdcffre, Mercier, Billot, Chanoine, Zurlinden, Du Paty, Henry, Esterhazy enfin, et tant d'autres, faux témoins, faussaires, menteurs éhontés, aYeuglés de passion et de haine? Certes, nous n'établissons pas entre ces gens et le reste de l'armée une solidarité outrageante, mais nous disons que l'armée, comme toute autre institution bourgeoise, l'armee telle qu'elle est organisée, renferme en elle une minorité toute puissante de corrompus qui courbent sous leur joug une majorite affaiblie et exploitée. Dans un autre discours qu'il fit à Lille, M. Brunetière a parlé des e1111emdise l'âme française. Ces ennemis, bien entendu, ce sont les internationalistes qui pensent que « la patrie est et doit être rationnellement indifler('nte au prolétaire ». Nous avons déjà montré combien pareille affirmation était fausse. Notre titre même d'internationalistes implique que nous ne nions aucunement la nation, la patrie. Comme M. Brunetière, nous nous rendons parfaitement compte que la patrie n'a pas seulement son fondement dans son utilité, mais qu'elle repose aussi sur des traditions et des affinités d'ordre sentimental. Reste à savoir si les traditions doivent, en bloc, l'emporter sur l'utilité. M. Bruneticre, comme M. Barrès, semble le croire. Notre avis est tout diffèrent. Nous reconnaissons sans hésiter le rôle civilisateur du christianisme dans les siècles passés, et, en ce sens, nous respectons la tradition religieuse. Mais aujoui·d'hui que le rôle du christianisme sur la civilisation est achevé, nous ne voulons plus étoufler dans ses limites devenues trop étroites. Notre esFrit demande de l'air, veut s'élancer au dehors : il doit sortir du cadre où il s'est complu si

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