La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

732 LA RE\TE SOCIALISTE lui cc la discipline c'est l'éducation de la sensibilité, c'est la formation du caractcre et de la volonté, c'est l'appreutissagede la solidarité, c'est la réunion des moyens qui, en temps de paix comme en temps de guerre, ont pour objet d'assurer et d'augmenter le« rendement moral » de l'individu )>. Voila de bien beaux mots. Reste à savoir s'ils sont l'expression de la réalité. M. Brunetierc se charge lui-même de nous renseigner, car il ajoute: cc Il n'est donc pas question de savoir si la discipline militaire a toujours cet effet : il suffit qu'elle denait l'avoir. .. )) Malheureusement, dans cette question de discipline, tout est la. La discipline n'est possible que lorsqu'elle est par tous librement consentie; lorsqu'elle est Yraiment l'expression d'un sentiment de solidarité. Nous repoussons avec énergie ceux qui prétendent plier sous la discipline une troupe ignorante pour lui faire dt:fendre les biens d'une société financière. Le soldat ne peut être naiment discipline, ne peut harmoniser sa conduite avec les actes collectifs que lorsqu'il sent qu'il se ddcnd lui-même en ddcndant la collectiYité. C'est pourquoi la Haie discipline ne ptut exister que dans une armée démocratique; mais tant que le ploutocrate i1woquera la discipline pour faire marcher le peuple à la défense des intcrêts ploutocratiques, nous persisterons a dire que la discipline est la negation même de toute indiYidualité. Je ncYois pas pourquoi j'irais me faire tuer pour défendre le priYilcge de mon voisin, si mon Yoisin m'opprime et Yit à mes dépens. Mais c'est volontiers que je prendrais les armes si, avec les libertés dont je jouis, les libertés de mon YOisin sont menacees; en défendant celui-ci, je me dcf cnds moi-même, et je ne demande pas mieux de me courber sous la discipline; j'y consens parce que j'en reconnais la necessité, et cette discipline, née de la solidarite, au lieu d'être la négation de ma personnalite, en deYient au contraire la plus haute expression. Cinquieme et dernier postulat : Nous voulons enfi11et il nous faut une armée pour que, da11su11e ·sociétécomme la 11ôtrei,l y ait quelquechoseau moins qui contrebala11cle pouvoir de l'argent. Apres arnir formule cette proposition, M. Brunetiere fait appel aux soci:llistcs « aYec la sympathie d'un homme qui est d'ailleurs assez éloigne de partager toutes leurs idées, mais qui, du moins, a ceci de commun avec eux de ne Yine que de son traYail ». Loin d'être l'instrument de la ploutocratie, dit M. Brunetière, l'annee demeure contre la tyrannie de l'argent notre principale et presque notre unique sauvegarde. Elle seule a conservé la religion de l'honneur et le culte du désintéressement; elle ne s'incline pas devant la richesse; elle est orgueilleuse de sa pauvreté. Helas ! les faits sont la pour infirmer les allégations de M. Brune-

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