La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LES «INTELLECTUELS» DE LA PATRIE l·RANÇAISE 731 par le peuple anné, lorsque le militarisme professionnel aura fait place aux milices sédentaires conscientes de leurs droits et de leurs devoirs. Troisième postulat : Nous voulons 1111aennée parce que 11011ssommes nue démocratieet parceque, bien loi,, qu'à 110yseux la démocratieet l'arméesoie11it11compatibles, tout au coutraire 11011csroyo11qs11'e11truene démocratieet u11e armée 11alio11alei,l y a des rapports, drs co11veua11cedse,s affi11ités profondes. L'armée, ajoute M. Brunetiére, elle abaisse les grands c11même temps qu'elle élhe les humbles. C'est la grande niveleuse : le paysan, l'ouvrier y trouve11t des horizons nouveaux, incc11nus d'eux jusqu'alors; le bourgeois y vient apprendre à connaître ses inférieurs et à les estimer. Elle les mêle tous, elle les soumet tous à une même discipline. Nous venons de montrer combien l'arml'.:c est l'instrument des classes dirigeantes : en réalité le paysan, )'ou Hier y viennent obéir; le bourgeois y vient commander. Le jeune fils de notaire ou de rentier qui se rend à la caserne pour y subir« la loi commune », même s'il n'est pas officier, même s'il ne se destine pas à la carrière des armes, échappe à cette« loi commune». A de rares exceptions près, c'est un dispensé qui arrive à la caserne passer dix mois qu'il tue de la façon la plus agréable, ou plutôt la moins désagréable possible, dans les bureaux, dans les intendances, dans les infirmeries. Et même celui qui est obligé de passer trois ans sous les drapeaux arrive, s'il est riche et protégé, à é\'iter bien des désagréments de la vie de caserne. Qui osera comparer le sort d'un Max Lebaudy au sort d'un malheureux fils d'ouvrier ou de paysan, arraché à l'usine ou à la terre? Celui-là escamotant toutes les corvées, profitant de toutes les permissions, parce qu'il est riche, celui-ci astreint aux besognes les plus rudes, en butte aux vexations et aux commandements arbitraires de ses chefs, parce qu'il est pauvre? Il faut vraiment de la bonne volonté pour avancer qu'entre une armée pareillement organisée et la démocratie il y a des rapports, des convenances, des affinités profondes. Nulle part n'existe plus profondément marquée la limite qui sépare les classes sociales. Quatrième postulat : Nous voulons wcore et il 1101ftasut u11earméeparcequ' w Fra11cet rnrlout dans lt siecleoù 1101s1osmmes,aprestant d'agitations l'i de révolutions, nouséprouvonsle besoi1d1e quelquediscipline. Qu'est-ce à dire? M. Brunetière prétend-il qu'il est nl'.:cessaire de noyer dans l'obéissance passive le jugement et la manifestation de la pensée? L'honorable académicien ne semble guére s'en défendre. Pour

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