730 LA REVL'E SOCIALISTE Cc raisonnement porte en lui-même sa réfutation. L'histoire nous enseigne, en effet, que le roi incarna la nation tant qu'il n'usa pas d'elle comme de sa chose propre, tant que sa destinée fut liée à la destinée du pays. « Tous, dit Taine,. par une Yague tradition, par un respect immémorial, sentent que la France est un vaisseau construit par ses mains et par les mains de ses ancêtres, qu'à ce titre le bâtiment est à lui, qu'il y a droit comme chaque passager à sa pacotille et que son seul devoir est d'être expert et vigilant pour bien conduire sur la mer le magnifique navire où toute la fortune publique vogue sous son pavillon>> (r). On comprend assez que le roi soit alors, comme dit M. Brunetière, le symbole de l'identité de la patrie. Mais dès qu'il profite de sa situation pour exploiter la France à son profit, il se met en opposition aYec la nation; on ne comprend plus le privilcge royal, on s'insurge contre lui comme on s'insurgerait contre le capitaine du navire, « seul maitre à bord aprcs Dieu », qui voudrait faire un usage personnel de la cargaison qui lui est confiée. li en est de même de l'armée. Celle-ci est en effet peut-être seule capable de resserrer le lien d'unité nationale. Mais il faut qu'elle soit réellement une armée nationale. Nous prétendons qu'elle ne l'est pas. Nous avons déjà Yu qu'elle était, dans l'ordre actuel, exclusivement au service du capitalisme. Il est facile de se rendre compte qu'elle est ainsi un instrument destiné à asservir la multitude, L'année aujourd'hui n'est pas démocratique, elle est ploutocratique. Pour le grand nombre - pour les soldats - c'est un esclavage; pour le plus petit nombre - les officiers - c'est un métier : car le jeune bourgeois entre à Saint-Cyr et à Polytechnique, comme il entrerait à l'école '>upérieure de commerce, à la Faculté de médecine ou à la Faculté de droit. On est officier comme on est fonctionnaire. Et l'officier forme une caste à part, séparée du soldat par un abîme; l'officier, à de rares exceptions près, n'est rien moins qu'un soldat. Est-ce là une armée démocratique? Non, c'est l'armée au service de la classe dirigeante, préparée à servir ses intérêts, à assouvir ses cupidités. Elle ne saurait donc être un lien d'unité; elle ne peut être qu'un instrument de discorde. Oui, l'armée jouera vraiment le rôle que lui assigne M. Brunetiére lorsque de profondes et décisives réformes l'auront modifiée, lors - qu'elle sera l'expression de la démocratie, lorsqu'elle défendra vraiment les intérêts de la démocratie, en un mot lorsqu'elle sera remplacée (1) Taine, L'Ancien Régime, clupitre I, 3.
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