La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA RE\TE SOCIALISTE ;\[. Brunetière YCut une armec, il en <lonnc claire11,cnt les raisons : 1°Nous Youlons une arrncc, dit-il,« parce q11e11ousvo11lo11cso11ti1111edr'/lrl' la France et q11cl'ar111éeest l'i11slru111e1O1tlt l'organe 11écessaire de jJroler!io11,de défe11set d' actio11de celte perso1111!Jeistoriq11e t 111oraleq1ti s'apj!cllc ln Fra11cc )). Et pour Jcyeloppcr cc postul:n, ;\(. Bruncticre fait un tableau de l'Europe, armée jusqu'aux dents; il nous montre les nations, l'Italie, l'Angleterre, l'Allemagne, la Russie même, augmentant leurs effectifs et leurs armements, attentiYcs aux conquêtes accomplies en Asie, en A!riguc. N'armerons-nous pas aussi, ajoute M. Bruneticre et pouvonsnous nous replier sur nous-mêmes, laisser notre influence diminuer de tout cc que gagnent les autres? « Il ne dépend, ni de nous, ni de personne peut-être, d'climiner la force du jeu des affaires huma111cs. » Il faut reconnaitre que cc raisonnement se soutient parfaitement. Cet état de paix armèe, gui ruine le pays, qui détourne de leur emploi naturel la majeure partie des forces de la nation, est peut-être un mal nécessaire; et cc mal sera tel tant que l'ordre capitaliste subsistera, tant que de puissantes sociétés financicres, ennemies et jalouses les ' unes des autres, en pcrpctud conflit, dicteront la loi aux gouvernants. Que cc soient les difficultés anglo-françaiscs en Afrique, dans la boucle du Niger, ou autour du Tchad, dans le bassin du Haut-Nil; que cc soic11t les clifficultcs russo-anglaises en Chine, en Corée, snr la fronticrc de l'Inde, partout c'est l'intérêt capitaliste, et ce n'est que l'intérêt capitaliste qui est en jeu. Il se conçoit donc que les tenants de l'ordre capitaliste considèrent l'armée comme une chose utile et indispensable. Pour nous, socialistes, quand, dans la socictc, il n'y aura plus de ces conflits cconomiqucs, de ces rivalités de producteurs, de ces jalousies d'agioteurs et de brasseurs d'affaires, l'armée, destinée à soutenir ces conflits, ces rivalités et ces jalousies, n'aura plus sa raison d'être. Mais, dira-t-on, à supposer que les conflits qu'on craint aujourd'hui soient à jamais conjurés par une entente socialiste internationale, il fauclra toujours que le pays socialiste, ou la confédération des pays socialistes, puisse se défendre contre les incursions du dehors, car il est impossible d'établir sur terre la paix universelle. D'accord, c'est pour cela que, tout en nous éleYant contre le fonctionnement actuel de l'institution militaire, nous ne nions pas la nécessité d'organiser la défense. Mais nous prctcndons que cette défense peut s'organiser sans nuire à la liberté individuelle, sans l'cnrôler11ent force, la

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