LA REVUE SOCIALISTE Ce qui choque tout particulièrement M. Marcel Dubois, c'est l'exposé des doctrines internationalistes. A ceux qui les professent, M. Marcel Dubois reproche d'aimer la patrie avec réticences et restrictions mentales. Les internationalistes, pour lui, sont des agents de désagrégation. C'est toujours le même argument. Agents de désagrégation? De la patrie? Non point, car, internationalistes, nous avons une conception fort haute de la Patrie, harmonisée dans l'Internationale. De la classe bourgeoise à laquelle M. Marcel Dubois appartient? Ma foi oui, nous ne saurions lui livrer trop d'assauts, puisque nous sommes les représentants d'une classe d'intérêts tout opposés. Qui, maintenant, a parlé à M. Marcel Dubois de laisser sans défense nos traditions d'idées ou de sentiments, le génie français, l'esprit français? C'est justement au nom de la tradition française, toute de justice et de vérité, que nous avons combattu. Nos adversaires cherchent à monopoliser le patriotisme et s'inclinent devant le sabre sous lequel ils veulent que tout plie. Qu'ils fouillent notre histoire, ils verront que les périodes les plus glorieuses de la France et les plus profitables en même temps furent celles ou le militarisme professionnel n'existait pas ou n'existait plus. Ce furent les temps de Jeanne d'Arc qui incarna le pays civil et qui triompha des soldats de carrière, de ceux du roi de France comme de ceux du roi d'Angle-- terre ; ce fut, longtemps apres, la glorieuse· Révolution où des géneraux, nés de la veille, conduisaient les citoyens français à l'affranchissement <les peuples, « leurs frères ». Voilà la vraie gloire, celle que nous admirons, celle que nous recherchons, et lorsque 11ousla comparons à la gloire d'un Napoléon, celle-ci nous paraît bien pâle, car elle est la France triomphante sans doute, mais triomphante dans un homme qui l'anémie, la saigne et la laisse défaitt:, meurtrie, ratatinée. Nul plus que nous n'a l'orgueil de la science française, de l'art français, des lettres françaises. Mais parce que nous applaudissons le Rodrigue de Corneille, !'Andromaque de Racine, parce que nous nous plaisons aux vers de Victor Hugo, parce que nous admirons Lavoisier et Pasteur, parce que nous en sommes fiers, parce qu'ils flattent notre sentiment national, devons-nous méconnaître les génies étrangers: Michel-Ange, Shakspeare, Gœthe et ·wagner? Non. Nous les acimirons à titre égal et nous les admirons, non point par snobisme, non point parce qu'ils sont italiens, anglais ou allemands, mais parce qu'ils ont exprimé divinement des choses humaines, des sentiments universels. C'est ie propre du génie d'être international, de rayonner à travers le monde. Et si nous avons l'orgueil de nos grands hommes, c'est que, en répandant leur gloire dans l'univers, ils y répandent la
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