LES « INTELLECTUELS » DE LA PATIUE fRAl\ÇAlSE 72 3 il nous est impossible de discuter, car on ne peut opposer des arguments à l'absence même d'arguments. Au fond, M. Jules Lemaître n'a-t-il pas craint de se donner, eu insistant trop, un démenti à luimême? Il semble aYoir voulu, d'ailleurs, moins raisonner que manifester, faire de l'opposition à ceux qui réclamaient la lumiérc et qui préconisaient des réformes militaires, exalter enfin un chauvinisme aveugle pour étouffer la justice. C'est ce qui fait dire à M. Paul Meyer: « Ces vaincs clameurs n'empêcheront pas la logique des faits d'aboutir à sa conclusion nécessaire. Il me scmbre entendre résonner à mes oreilles les paroles du chœur d' Electre : << Si je ne suis pas un prophéte dépourvu de raison, si je ne suis pas hors du bon sens, voici que s'avance la justice clairvoyante, portant en ses mains le châtiment du crime », et bientôt nous pourrons dire a\'ec le psalmiste : Veritas de terra orta est, et justicia de c,elo prospexit. Mais l'aveuglement de tous nos concitoyens et l'esprit de haine qui les anime, sont bien· faits pour inspirer de douloureuses pensées... » Et M. Paul Meyer rappelle avec raison le spectacle dont il fut témoin en 1870: la presse chauvine poussant à la guerre, et mentant pour égarer l'opinion, tandis que ceux qui disaient leurs craintes, qui ne voulaient pas crier: << A Berlin ! » étaient traînés dans la boue, qualifiés de mauvais Français. « J'ai vu cela, ajoute le savant directeur de l'école des Chartes, et je le revois. On pouvait croire que la raison et le bon sens avaient repris leur empire sur nous; c'était une illusion ... » A dessein nous laisserons de coté les déclarations et les discours de M. François Coppée. C'est du délire nationaliste tout pur, c'est l'imagination extravagante reine et maîtresse dans un corps débile; c'est l'enfant fasciné par des couleurs vives, emballé et battant les mains aux contes fantastiq~1cs de sa nourrice. Il suffira pour s'en rendre compte de lire seulement cette phrase. d'un discours de M. Coppée ; ab una disèe om11esI « Oui, la paix, je sais bien, la douce et féconde paix! Mais nous en jouissons depuis plus d'un quart de siécle, et, devant le spectacle des mœurs modernes; devant tant de sympt6mes d'épuisement et de corruption·, qui donc oserait jurer qu'elle nous fut bienfaisante? Oh! quand je prononce cette grave parole, j'ai présentes à la pensée les horreurs du champ de bataille, et je n'oublie pas les douleurs des méres, des veuves et des fiancées. Mais je me souviens aussi que nous sommes d'une mâle et forte race et que les femmes de France sont prêtes à donner leurs larmes pour laver une tache faite au drapeau. >> Laissons donc M. Coppée exprimer en un lyrisme échevelé ses ardeurs belliqueuses et rentrons dans le domaine de la raison.
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