ï22 LA REVUE SOCIALISTE propre durée. C'est peut-être, par la grande majorité de ses chefs, le meilleur de la nation et c'est tour à tour, par ses soldats, la nation entiére. « Les vertus à la pratique desquelles l'année est nécessairement et spécialement vouée sont les plus vitales de toutes et, si je puis le dire, les plus toniques. C'est avant tout le courage; c'est l'énergie et l'endurance physique; c'est le sentiment raffiné de l'honneur; c'est l'acceptation d'une discipline dure et étroite dans la pensce d'être plus forts tous ensemble, et le dévouement jusqu'à la mort aux int6rêts primordiaux de la communauté. - li est essentiel pour un pays que ces vertus-là ne cessent pas d'y être publiquement cultivées. L'arrnce est la tribu sainte qui les garde; tribu ouYertc et toujours rcnouvclce, que traversent l'une ;1pres l'autre, comme pour leur baptêmeYiril, les jeunes générations. » Que voilà <les mots qui sonnent creux! Et comme le zclc du nfophytc militariste l'entraîne loin! Que dites-vous des officiers qui sont l'clite intellectuelle du pays, la plus pure moelle et le nerf de la France ? Ah ! sans doute, conccde M. Lemaitre, l'armée c'est la nation; mais c'est peut-être aussi, a-t-il soin d'ajouter, par la trcs grande majoritc de ses chefs, le meilleur de la nation! Au fond, il apparait clairement que les préfcrences de M. Lemaître, ses symthies, ses enthousiasmes vont surtout à l'officier. Le soldat n'est L\ que pour faire nombre et se dévouer << jusqu'1 la mort aux intcrêts de la communauté ». Nous aurions aim6 voir M. Lemaître, au lieu d'affirmer simplement tout cela, produire des raisonnements, exposer des faits, citer des exemples. Il est aisé de dire que les vertus à la pratique desquelles l'armée est spccialemcnt vouée, c'est le courage, l'énergie, l'endurance physique, c'est le sentiment raffiné de l'honneur. Quelques exemples auraient mieux fait notre affaire. Car nous songeons involontairement à l'ctrange conduite montrée par l'état-major dans des circonstances récentes; nous avons vu des officiers parjures, faussaires, menteurs et faux témoins; nous avons YU des généraux forfaire à ce fameux honneur qui glouglousse dans la gorge de M. Lemaitre et nous arnns vu aussi la généralité des officiers, les honnêtes, les travailleurs, ceux qui ne parviennent que difficilement aux hauts grades parce qu'ils manquent de protections, se taire et ne pas rcpudicr d outrageantes promiscuitcs. C'est la discipline qui leur a fermé la bouche, dira-t-on. Eh bien! tant pis pour la discipline! Loin d'être un bien, elle est un mal, puisqu'elle pervertit à ce point la mentalité des hommes et leur fait perdre la notion de leur dignité. Sans développements, M. Lemaître affirme aussi que les conseils de guerre sont une condition de l'existence de l'armée. En ce cas,
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