LES cc INTELLECTUELS» DE LA PATRIE FRA:--ÇAISE 72r seconde où est dé\·clc_:>ppécc théme: il faut affermir l'amour de la patrie. Mais laissons parler le conférencier: cc La Ligue de la Patrie française combattra, sans haine pour les personnes, mais avec fermeté, les tendances prématurément internationalistes, qu'il ne faut pas du tout confondre avec ce que les Romains de la Républig ue, patriotes peu suspects, appelaient déjà cc la charité du genre humain ». cc Nous voudrions faire, de l'amour de la patrie, une sorte de religion. Cela est urgent. Il y a eu depuis trente ans, dans presque toute la France, une diminution des croyances religieuses. Quelle foi reste à cc peuple? Quel principe d'action désintéressée? ... La morale rationaliste ne laisse pas de paraitre aux foules un peu froide et abstraite, médiocrement persuasiw. Ne pourrait-on la réchauffer et la viYifier en la faisant rentrer en quelque sorte dans l'amour de la patrie et en montrant que cet amour-là coïncide presque partout ayec l'amour du bien moral? ... Oh! qu'il serait à souhaiter que, pour tant de Français, l'amour de la patrie devînt l'équivalent moral de la foi confessionnelle qu'ils n'ont plus et de la foi philosophique qu'ils n'ont pas encore!» Il est regrettable que M. Jules Lemaitre n'ait pas développé autrement sa pensée. Vraiment il se complaît trop dans le vague et il devient difficile de discuter. Quoi qu'il en soit, toujours la même idée perce dans ces discours : le patriotis111edoit être opposé a l'ùzternalio11alis1ne. C'est le raisonnement de la bourgeoisie qui se voit menacée dans ses intérêts par l'entente internationale des peuples et qui prétend, sous couleur de patriotisme, égarer les peuples et les empêcher de se concerter au mieux de leurs intérêts. Voilà pourquoi il faut exalter l'amour de la patrie -- incarné dans les institutions bourgeoises - et en faire une nouvelle religion, un dogme intangible. Écoutez encore ce panégyrique de l'armée : cc Par bonheur, l'armée est encore, chez nous, la seule grande force sociale intacte. Telle qu'elle est, malgré ses imperfections ( auxquelles il n'est pas défendu d-e remédier), elle vaut beaucoup, et par ses armements, et par ses hommes. C'est de plus en plus dans l'élite intellectuelle de notre jeunesse qu'elle recrute ses officiers. Ce que nous connaissons d'eux (je les prends dans leur ensemble et néglige ce qui est en effet négligeable) est tout à fait rassurant. Ils travaillent, ils pensent; ils ont en même temps la sc_ience et le zéle de leur tâche. La plupart considérent que cette tttchc est, en partie, éducatrice et s'occupent, sans pédanterie, du moral de leurs soldats. Je crois que, notamment, nous pouvons beaucoup attendre de presque tous ceux de nos officiers qui ont, en ce moment, de trente a quarante-cinq ans. Ils sont la plus pure moelle et le nerf de Ta France. « Au reste, les aimer, c'est aimer nos fils, nos fréres, nos amis, c'est nous aimer nous-mêmes. Notre âme n'est pas distincte de celle de l'armée. L'armée, c'est la nation ramassée et debout pour assurer sa 46
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