720 LA REVUE SOCIALISTE les intellectuels de la Patrie française. Il suffit pour s'en convamcrc tout à fait d'examiner leurs écrits et leurs discours. * * * Cc n'est pas les documents qui nous manqueront. Sous la forme d'intcrYicws, de lettres ou de conférences, les membres de la Ligue de la Patrie française ont développé abondamment les raisons de leur attitude, et il nous faut, dans une telle compilation, opérer une shèrc sckction. Aus~i, de toutes les déclarations qu'ils ont faites, n'en retiendronsnous que quelques-unes seulement, comme celles de M. Giard et de M. Laffitte, intéressantes par leur singularité, et nous bornerons-nous à discuter les discours de M. Lemaitre, de M. Barrès, de M. 1farcel Dubois, de M. Brunetière qui sont en quelque sorte les textes officiels du néo-patriotisme. M. Jules Lemaître, que le public des salons connaissait comme un lettré délicat, un styliste charmant, ayant au fond de l'àmc un scepticisme ironique et mordant devant lequel rien ne trouvait crcdit, M. Jules Lemaître s'est lcYc un beau jour le cœur débordant d'enthousiasme et de respect pour l'armée. Cet enthousiasme et ce respect, il les clama partout, il les chanta sur sa lyre - une lyre d'or - et étonna le public attentif à la voix que l'Écho rcpétait. Tout d'un coup, M. Jules Lemaître, découvrant en lui un homme ignoré, se crut indispensable à la France; il voulut désormais guider ses destinées. Il prit sa plume, il écrivit un discours et, tout fringant, Yint le lire à la salle de la Société d'horticulture. Poussé par la curiosité, l'auteur de ces lignes ne put s'empêcher d'aller, cc soirlà, écouter l'homme nouveau qai, dans le vieillard, se révélait. Hélas! grande fut sa désillusion. Un moment, il est vrai, dans ce milieu enthousiaste, égaré par les braYos et les applaudissements dont ses oreilles étaient assourdies, il se figura qu'il y avait vraiment quelque chose dans le discours de M. Lemaître; mais quand, le lendemain, il le lut à tête rcposee, il s'aperçut que c'était pure illusion. Qu'on lise, qu'on relise même ce discours, on n'y trouvera rien autre chose que des lieux communs adroitement développés, habilement relevés ça et là d'une pointe de malice, voire de méchanceté. Cela fait l'impression d'une nymphe de cafc-conccrt, grimée, maquillée, dont les vêtements tapageurs semblent cacher des trésors qui n'ont jamais existé que par k travail et l'ingéniosité du couturier. Nous passons volontiers sur la première partie, toute de critiques acerbes à l'endroit des intellectuels révisionnistes, que M. Lemaître accuse de s'être déterminés sans raisons plausibles, et nous arrivons à la
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