LA REVUE SOCIALISTE sont des « essences d'origine divine ». Socrate, dans le Xe livre de la République, dit que « l'idée de lit » est une essence de création divine, parce qu'elle est immuable, toujours identique à elle-même, tanJis que les lits creés par les menuisiers différent tous entre eux. L'esprit humain a souYent rapproché les objets les plus disparates, n'ayant entre eux qu'un vague point de ressemblance : ainsi, par un procedé d'anthropomorphisme, l'homme a pris ses propres membres pour terme de comparaison, ainsi que le prom·ent les métaphores qui persistent dans les langues civilisées, bien qu'elles datent des débuts de l'humanité, telles que entrailles de la terre, veine d'une mine, cœur d'un chêne, dmt d'une scie, rbair d'un fruit, gorge d'une montagne, bras de mer, etc. Lorsque l'idée abstraite de mesure fait éclosion dans sa tête, il prend pour unité de mesure son pied, sa main, son pouce, ses bras (orgyia, mesure grecque égale à deux bras étendus). Toute mesure est une métaphore, quand on dit qu'un objet a trois pieds deux pouces, cela signifie qu'il est long comme trois pieds deux pouces. Mais avec le développement de la civilisation on fut forcé de recourir ù d'autres unités de mesure : ainsi les Grecs avaient le stadion, la longueur parcourue par les coureurs à pied aux jeux olympiques et les Latins le j11gem111, la surface que pouvait labourer pendant un jour unjugum(un joug de bœuf). Un mot abstrait, ainsi que le remarque Max Müller, n'est sou,·ent qu'un adjectif transformé en substantif, c'est-à-dire l'attrib:.it d'un objet métamorphosé en personnage, en entité métaphysique, en être imaginaire, et c'est par Yoie métaphorique que se fait cette métempsychose: la métaphore est une des principales routes par lesquelles l'abstraction pénétre dans la tête humaine. Dans les métaphores précédentes on dit bouche <l'une caverne, langue de terre parce que la bouche présente une ouverture et la langue une forme allongée; on s'est servi du même procédé pour se procurer de nom·eaux termes de comparaison à mesure que le besoin s'en faisait sentir et c'est toujours la propriété la plus saillante de l'objet, celle qui par conséquent impressionne le plus vivement les sens, qui joue le rôle de terme de comparaison. Un grand nombre de langues sauvages manquent de mots pour les idées abstraites de dureté, rondeur, chaleur, etc., et elles en sont privées parce que le sauvage n'est pas encore parvenu a la création <lesêtres imaginaires ou entités métaphysiques, qui correspondent à ces termes; ainsi pour dur, il dit « comme pierre»; pour i-ond « comme lune », pour cbaud « comme soleil »; parce que les qualités de dur, rond et chaud sont dans son cen·eau inséparables de pierre, lune et soleil. Ce n'est qu'apres un long tra\'ail cérébral que ces qualités sont dctachécs, abstraites de ces objets concrets pour être métamorphosées en êtres imaginaires, alors le qualificatif
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