La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

RECHERCHES SUR L'ORIGINE DES IDi°:ES ABSTRAITES 69ï objet matériel devient le symbole d'une idée abstraite, on conçoit qu'un mot créé pour désigner un objet ou un de ses attributs finisse par servir pour désigner une idée abstraite. * * * Dans la tête de l'enfant etdu sauvaae,« l'enfant du rrenre humain>) 0 0 selon le mot de Vico, il n'existe que des images d'objets déterminés : quand le petit enfant dit poupée, il n'entend pas parler de n'importe quelle poupée, mais d'une cert::iinc poupée, qu'il a tenue dans ses mains ou qu'on lui a dejà montrée, et si on lui en présente une autre, il arrive qu'il la repousse avec colère; aussi chaque mot est pour lui un 110m propre, le symbole de l'objet avec lequel il est venu en contact. Sa langue, ainsi que celle du sauvage, ne possède pas de termes génériques embrassant une classe d'objets de même nature, mais des séries de noms propres: aussi les langues sam·ages n'ont pas de termes pour les idées générales tels que homme, corps, etc., et pour les idées abstraites de temps, de cause, etc.; il y en a qui manquent du Yerbe être. Le Tasmanien avait une abondance de mots pour chaque arbre de différentes espèces, mais pas de terme pour dire arbre en général; le Malais ne posscde pas de mot pour couleur, bien qu'il ait des mots pour chaque couleur; l'Abiponne n'a pas de mots pour homme, corps, temps, etc., et ne possède pas le verbe être, il ne dit pas: je suis un Abiponne, mai« moi, Abiponne » (1). Mais petit à petit l'enfant et l'homme primitif transportent le nom et l'idée des premières personnes et choses qu'ils ont connues à toutes les personnes et choses qui présentent avec elles des ressemblances réelles ou fictives; ils élaborent de la sorte par mie d'analogie et dL: comparaison des idées générales abstraites embrassant des groupes d'objets plus ou moins étendus, et parfois le nom propre d'un objet deYient le terme symbolique de l'idée abstraite représentant le groupe d'objets ayant des analogies ayec l'objet pour qui le mot avait été forgé. Platon prétend que les idées générales, ainsi obtenues, qui classent des objets sans tenir compte de leurs différences individuelles, (1) L'idée de temps fut trè5 longue à pénctrer dans la cervelle humain.e. Vico remarque que les paysans florentins de son époque disaient tant de moissons pour tant d'années. ccLes Latins pour tant d'années disaient tant d'épis (arislas), ce qui est encore plus particuiier que moisson. L'expression n'indiquait que l'indigence du langage (et de la pensée, aurait-il pu ajouter), les grammairiens ont cru y voir l'effort de l'art." Av:rntd'avoir eu la notion de l'année, c'est-à-dire de la révolution solaire, l'homme a eu l'idée des saisons, et celle des révolutions de la lune. Pline l'Ancien dit que ccl'on a co,;1pté l'été pour une année, l'hiver pour une autre; les Arcadiens, chez qui l'année était de trois mois, la mesurait par le nombre de saisons, et les Egyptiens par les lunes; voilà pourquoi plusieurs d'entre eux sont cités comme ayant vécu mille ans ».

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