LA REVUE SOCIALISTE mode de manifestation des sentiments et des idées (r) : il joue un rôle si considérable que le chrétieri des premiers siècles, reproduisant l'idée des hommes primitifs, dit : « le Verbe est Dieu » et que 1es Grecs désignent par le même vocable, logos, la parole et la pensée et que du Yerbe: pbraz_ô (parler), ils dériYèrent pbraz_omai, se parler à soimême, penser. En effet la tête la plus abstraite ne peut penser sans se servir <le mots, sans se parler mentalement, s'il ne le fait réellement comme les enfants et beaucoup d'adultes qui marmottent ce qu'ils pensent. Le langage tient une trop grande place dans le développement de l'intelligence pour que la formation étymologique des mots et leurs significations successives ne reflètent pas les conditions de Yie et l'état mental des hommes qui les ont créés et employés. Un fait frappe tout d'abord : souYent un même mot est usité pour désigner une idée abstraite et un objet concret. Les mots qui dans les langues européennes signifient les biens 111atériels et la ligne droite veulent aussi dire le Bien moral èt le Droit, le Juste: Ta ag(I//Ja (grec), les biens, les richesses; io agatho11, le Bien. Bo,w (latin), les biens; bonum, le Bien. Goods (anglais), les biens; tbegood, le Bien,etc ... Orlhos (grec), rectum (latin), derecho (espagnol), right (anglais), etc ... Yculcnt dire ce qui est en ligne droite et le Droit, le Juste. Yoici encore d'autres exemples choisis dans la langue grecque : Kalou, flèche, jaYelot et le Beau, la Vertu; phrw, cœur, entrailles et raison, volonté; lwlws, homme d'origine plébéienne, et lâche, méchant, laid; kakon, mal, vice, crime. Le mot lwkos concourt à former une série de termes employés pour ce qui est sale et mal: lwhké, excrément, lwllkaô, aller à la selle; lwlûlia, Yice, lâcheté; lrnlwtheos, impie; llahôpbouia, cacophonie, etc ... Le fait est digne de remarque, bien que peu remarqué; il en va ainsi des phénomènes journaliers: parce qu'ils crcvent les yeux, on ne les voit pas. Cependant il vaut la peine de se demander comment la langue vulgaire et la langue philosophique et juridique ont pu réunir sous le même vocable le matériel et l'idéal, le concret et l'abstrait. Deux questions se posent tout d'abord : r0 l'abstrait et l'idéal se seraient-ils abaissés jusqu'au concret, et jusqu'à la matière, ou la matière et le concret se seraient-ils transformés en idéaf et en abstraction? - Comment s'est accompli cette transsubstantiation? L'h istoirc des significations successives des mots résout la première (1) Vico, dans la préface de son opuscule sur l'Antique sagessede l'Italie, dii : « J'ai résolu de retrouver dans les origines de la langue latine, l'antique sagesse de l'Italie ... » Nous chercherons dans l'origine même des mots quelle a été sa philosophie.
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