La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA RE\TE SOCIALISTE ditionnellc de les acquérir à b première occasion; mais cette tendance à les acquérir est la résultante d'une progressiYe expérience ancestrale prolongée pendant des miliers d'années. Il serait aussi ridicule de penser que les idées abstraites ont germé spontanément dans la tête lrnmainc, que de croire que la bicyclette ou toute autre machine du type le plus perfectionné ont été construites du premier coup. Les idées abstraites, ainsi que l'instinct des animaux, se sont graduellement formés Jans l'individu et dans l'espéce; pour en chercher les origines il ne faut pas seulement analyser la maniêre de penser de l'adulte civilisé, ainsi que le fait Descartes, mais encore, ainsi que le Youlaient les Encyclopédistes, questionner l'intelligence de l'enfant et remonter le cours des âges pour étudier celle du barbare et du sauvage, comme on est obligé de le faire, quand on Yeut trouver les origines de nos institutions politiques et sociales, de nos arts et de nos connaissances (1). * * * Les sensualistes du siècle dernier, en faisant du ccrYeau une table rase, cc qui était une maniére radicale de renouveler la« purification>> de Descartes, négligaicnt ce fait d'importance capitale que le cerve;rn du ciYilisé est un champ labouré depuis des siècles et ensemencé de notions et d'idées par des centaines de générations et que, selon l'exacte expression de Leibniz, il est préformé avant que l'expérience individuelle ne commence. On doit admettre qu'il posséde l'arrangement moléculaire destiné à!donncrnaissanceà un nombre considérable d'idées et de notions; ce n'est qu'une telle admission qui permet d'expliquer que des hommes extraordinaires comme Pascal aient pu trouver par eux-mêmes des séries d'idées abstraites, tels que les théorèmes de la géometrie d'Euclide, qui n'ont pu être élaborées que par une longue suite de penseurs: en tout cas, le cerveau possède une telle aptitude à acquérir cert:1ines notions et idées élémentaires qu'il ne s'aperçoit pas du fait de leurs :1cquisitions. Le cerveau ne se borne pas seulement à receYoir les impressions venues de l'extérieur par la Yoie des sens, il fait de lui-même un travail moléculaire, que les physiologistes anglais appellent cérébrntioni11co11sciente, qui l'aide à compléter ses acquisitions (1) Les anciens ne craignaient pas de remonter jusqu'aux animaux pour découYrir les origines de certaines de nos connaissances : ainsi, tout en attribuant aux Dieux l'origine cle la médecine, ils admettaient que plusieurs remèdes et opérations de petite chirurgie étaient dues aux animaux. Pline l'Ancien, rapporte dans son Histoire Naturelle que les ch.:v res sauvages .de Crète enseignèrent l'usage de certaines herbes Yulnéraires, que le chien apprit celui clu chiendent et que les Egyptiens prétendaient que la découverte clc la purgation était due au chien, celle de la saignée à l'hippopotame et celle du lavement à l'ibis.

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