RECHERCHES SL'R L'ORIGI:'.\E DES IDl~ES ABSTRAITES 691 rant quand il renco.ntre le gibier, fond dessus, en donnant de la voix; tandis que la vue du gibier rend muet le chien d'arrêt et le cloue sur place. Si le chien d'arrêt est de bonne race, il n'a pas besoin d'éducation individuelle pour manifester cet instinct relativement de nouvelle acquisition; les jeunes chiens chassant pour la première fois s'arrêtent muets et immobiles de tort et travers deYant des pierres, des moutons, etc ... Le penchant est implanté dans le cerYeau, 'mais il est aveugle et néces,ite une direction spéciale. Puisque pour modifier ou supprimer les instincts d'un animal et lui en déYelopper de nouveaux, il ne s'agit que de le placer dans de noLn·elles conditions d'existence, l'instinct des animaux sauvages n'est donc que la résultante de leur adaptation aux conditions du milieu naturel dans lequel ils vivent, il ne s'est pas créé tout d'une picce, il s'est développé graduellement dans les espèces animales sous l'action et la réaction de phénomènes externes et internes que l'on peut ignorer, mais qui nécessairement ont existé. L'homme peut étudier sur lui-même la formation de l'instinct. Il ne peut rien apprendre intellectuellement ou corporellement sans une certaine tension cérébrale, qui se detend à mesure que l'objet à l'étude devient plus coutumier. Quand par exemple on commence le piano, on doit surveiller attenti\'ement le jeu des mains et des doigts pour frapper exactement la note voulue, maisavec l'habitude on arrive à la toucher machinalement, sans regarder le clavier et en pensant à autre chose : pareillement quand on étudie une langue étrangcre on doit avoir constamment en heil son attention pour le choix des mots, des articles, des propositions, des terminaisons, des adjectifs, des verbes, etc., qui arrivent instincti\'ementdcs qu'on s'estfamiliariséavec la langue nouvelle. Le cerveau et le corps de l'homme et de l'animal ont la propriété de transformer en actes automatiques ce qui primitivement était voulu et conscient et le résultat d'une attention soutenue; s'il ne possédait pas la propriété de s'automatiser, l'homme serait incapable d'éducation physique et intellectuelle; s'il était obligé de surveiller ses mouYements pour parler, marcher, manger, etc ... , il resterait dans une éternelle enfance. L'éducation apprend à l'homme à se passer de son intelligence; elle tend à le transformer en machine de plus en plus compliquée : la conclusion est paradoxale. Le cerveau d'un adulte est plus ou moins automatisé selon le degré de son éducation et de celle de sa race; les notions abstraites élémentaires de cause, de substance, d'être, de nombre, de justice, etc., lui sont aussi familières et instinctives que le boire et le manger, et il a perdu tout souvenir de la manière dont il les a acquises, car l'homme civilisé, ainsi que le chien d'arrêt, hérite en naissant de l'habitude tra-
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