LA P.EVUE SOCIALISTE pas idée que l'instinct pourrait être le résultat de la lente adaptation d'une espèce animale aux conditions de son milieu naturel, concluent bravement que l'instinct est un présent de Dieu. L'homme n'a jamais hésite à mettre hors de sa portée les causes des phénomènes qui lui échappaient. Mais l'instinct n'est pas, comme la Justice des sophistes du spiritualisme, une faculté immuable susceptible d'aucune déviation, d'aucune 111odific1tion. Les :inimaux domestiques ont plus ou moins modifié les instincts, que Dieu, dans son inépuisable bonté, octroya à leurs ancêtres sauvages. Les poules et les canards de nos basses-cours ont presque entièrement perdu l'instinct du vol, deYenu inutile dans le milieu artificiel où l'homme les a placés depuis des siècles; l'instinct aquatique est oblitéré chez les canards de Ceylan, au point qu'il faut les pousser pour les faire entrer dans l'eau. Différentes races de poules (les Houdan, les la Fleche, les Campine, etc.) ont été dépouillées de l'instinct irnpérieux de la maternité; bien qu' excellentes pondeuses, elles ne songent jamais à couver leurs œufs. Les veaux dans certaines parties de l'Allemagne ayant été des leur naissance enlevés à leurs mères, depuis des générations, on remarque chez les vaches un notable affaiblissement de l'instinct maternel. Giard pense qu'une des premières causes de cet instinct chez les mammifères serait le besoin organique de se débarrasser du lait qui tuméfie et. endolorise les mamelles ( r). Un autre naturaliste démontre que l'instinct constructeur de nid des épinoches, doit être attribué, non à Dieu, mais à une inflammation temporaire des reins pendant la saison des amours. Il n'est pas nécessaire d'un temps très long pour renverser l'instinct le mieux enraciné. Romanes cite le cas d'une poule à qui on avait fait couver trois fois de suite des œufs de canard et qui poussait consciencieusement dans l'eau de véritables poussins qu'on lui avait permis d'élever. L'homme a bouleversé les instincts de la race canine : selon ses besoins il l'a dotée àe nouveaux instincts et les a supprimés. Le chien à l'état sauvage n'aboie pas, les chiens des sauvages sont silencieux; c'est le civilisé qai a donné au chien l'instinct aboyeur et qui ensuite l'a supprimé chez les chiens de certaines races. Le chien cou- (1) Le supplément du Figaro du 18 janvier 1880 reproduit d'après les lettres d'un missionnaire, les naïves lamentations d'une Indienne de l'Equateur sur le cadavre de son nouveau-né, qui caractérisent bien le rôle du lait dans l'amour maternel primitif : « 0 mon ma;tre, ô fils de mes entrailles, mon petit père, mon amour, pourquoi m'astu quittée? Pour toi, chaque jour s'emplissait d'un lait tiède et sucré ce sein avec lequel tu aimais à jouer! Ingrat, ai-je donc oublié une seule fois à ton réveil de me pencher sur toi, pour t'allaiter? Ah! malheur à moi, je n'ai plus personne _pour délivrer mon sein du lait qui l'opprime 1•
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