La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

688 LA REVUE SOCIALISTE sente, bien qu'elle n'arrive que par degrés dans la pensée humaine et dans les faits soci,rnx. Les limites de son champ d'action reculent toujours et ne se retrécisscnt jamais, aucune puissance humaine ne peut lui faire quitter le terrain acquis ». Les Encyclopédistes s'étaient lancés avec un enthousiasme révolutionnaire à la recherche des origines des idées, qu'ils espéraient trouver en interrogeant l'intelligence des enfants et des sauvages (r); la nouvelle philosophie repoussa avec dédain ces recherches qui ctaient de nature à conduire à de dangereux résultats. « Écartons d'abord la question d'origï'ne, s'écrie Victor Cousin, le maitre sophiste, dans sa logomachie sur le Vrai, le Beau et le Bien. La philosophie du dernier siècle se complaisait trop à ces sortes de questions. Comment demander la lumière a la région des tenèbres et l'explication de la réalité a une hypothèse? Pourquoi remonter à un prétendu état primitif pour se rendre compte d'un état présent qu'on peut étudier en lui-même? Pourquoi rechercher ce qu'a pu être en germe ce qu'on peut apercevoir et ce qu'il s'agit de connaître achevé et parfait? ... Nous nions absolument qu'il faille etudier la nature humaine dans le fameux sauvage de l'Aveyron ou dans ses pareils des îles de l'Océanie ou du continent américain ... L'homme vrai, c'est l'homme parfait en son genre; la vraie nature humaine, c'est la nature humaine arrivée à son développement, comme la vraie société c'est aussi la société perfectionnée ... Détournons les yeux de l'enfant et du sauvage pour les porter sur l'homme actuel, l'homme réel et achevé» ( xv0 et xre leçons). Le Moi de Socrate et de Descartes devaient fatalement conduire à l'adoration du Bourgeois, l'homme parfait en son genre, réel, achevé, le type de la nature humaine arrivée à son complet développement et à la consécration de la société bourgeoise, l'ordre social perfectionné, fondé sur les principes éternels et immuables du Bien et du Juste. (r) La Société des observateursde l' bo111111e, dont faisaient part:e Çuvier, l'aliéniste Pinel, le philosophe Gerando, le jurisconsulte Portalis, etc., votait en prairial an VIII (1800) un prix de 600 francs pour l'étude suivante : « Déterminer par l'observation journalière de un ou plusieurs enfants au berceau l'ordre dans lequel les facultés phy• siques, intellectuelles et morales se développent et jusqu'a quel point ce développement est secondé ou contrarié par l'influence des objets et des personnes qui environnent l'enfant. ,, Dans la même séance, dont rend compte la Décade pbilosopbiq11e du 30 prairial, de Gerando lut des considérations sur les méthodes à suivre dans l'observation des peuples sauvages. Un autre membre communiqua u:-ieétude sur l'enfance de Massieu, sourd et muet de naissance. La Société s'était beaucoup intéressée à l'observation du jeune sauvage de l'Aveyron, amené à Paris vers la fin de l'an Vlll : trois ch:isseurs l'avaient trouvé dans les bois, ou il vivait nu, se nourrissant de glands et de racines; il paraissait avoir une dizaine d'années.

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