686 LA REVUE SOCIALISTE honneur la méthode de Descartes, qui tirait tout de son Moi, ainsi que d'un puits, trouvait dans l'entendement le point de depart des idees (r). Les notions àe cause et de substance, disait-il, sont dans notre esprit antcrieures aux deux principes qui les contiennent; nous pensons d'abord ces idées en nous-mêmes, dans la connaissance de cause et de substance que nous sommes; une fois ces idées acquises, l'induction les transporte hors de nous et nous fait concevoir des causes et des substances partout oü il y a des phénomcnes et des qualités. Le principe de cause et de substance se réduit donc a n'être qu'un phénoméne ou plutôt qu'une fiction de notre entendement, selon le mot de Hume. La méthode d'introspection de Descartes et de Socrate, dont les spiritualistes bourgeois abusent si libéralement, aboutit d'un côté au scepticisme et de l'autre a l'impuissance; car« prétendre illuminer les profondeurs de l'activité psychologique au moyen de la conscience indiYiduelle, c'est vouloir éclairer l'univers avec une allumette », dit Maudsley. (1) L'evolution intellectuelle de M. de Biran est des plus intéressantes, elle permet de constater chez le plus remarquable philosophe français du commencement du siècle le brusque et extraordinaire re,irement de la pensée bourgeoise, dès que, de classe révolutionnaire, la bourgeoisie devint classe régnante et conservatrice. De Biran, dans un manuscrit de 1794. publié après sa mort survenue en Ï824, ,!éclare que B:icon et Locke ont fondé la science philosophique et que Condillac lui a « assigné ses bornes » et a dissipé pour toujours « ces rêveries que l'on qualifiait de métaphysique ». L'Institut national où régnait le sensualisme de Condillac couronna en nivôse an IX (1801) une étude de Biran sur l'Influence de l'habitude sur la faculté de penser, qu'il avait mise au concours. Biran y posait en axiome que « la faculté de sentir est l'origine de toutes les facultés » et se proposait d'appliquer à l'étude de l'homme la méthode de Bacon et d'éclairer la métaphysique en transportant la physique dans son sein. De Gerando, qui lui aussi devait renier Condillac et sa philosophie, dans son mémoire sur l'lnftuence des signes rnr la faculté de penser, que couronna en 1800 l'Institut, affirmait que « la doctrine de Condillac é:ait comme Je dernier mot de la raison humaine sur les doctrines qui l'intéressent le plus ». L'Institut couronna en 1805 un nouveau mémoire de Biran sur la Déco111positiod1e1la puisée. La scène politique s'était transformée : la Bourgeoisie victorieuse s'occupait de réintroduire et d'enrôler :i son service la religion catholique qu'elle avait ridiculisée, dépouillée et foulée aux pieds alors qu'elle était la servante à tout faire de l'aristocratie, sa rivale. Pendant que les hommes politiques réorganisaient le pouvoir, reprenant et renforçant les forces répressives de l'ancien régime, les philosophes se chargeaient de déblayer le terrain intellectuel de la philosophie « analytique » et démolisseuse des Encyclopédistes. L'Institut en couronnant ce mémoire de Biran et celui-ci en l'écrivant remplissaient en conscience la tâche imposée par les nouvelles conditions sociales. Le mémoire de Biran signale ce qu'il y a d'illusion dans la prétendue analyse de Condillac et dans cett<! sensation qui se métamorphose en jugement et en volonté, sans qu'on ait pris le soin de lui assigner un principe de transformation ; il rend la méthode de Bacon, intempestivement appliquée à l'étude de l'être intellectuel, responsable des aberrations de la philosophie du dix-huitième siècle et s'élève contre toute assimilation entre les phénomènes physiques perçus par les sens et les faits intérieurs. Les sophistes avaient succédé aux philosophes. Cabanis lui-même, qui devait mourir en 1808, eut cependant.le temps de faire sa volte-face. Dans son célèbre ouvrage sur les Rapports du pbysique et d" moral de
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