RECHERCHES SCR L'üRlGIXE DES IDÉES ABSTRAITES 683 Aristote ne semble pas avoir une foi aussi robuste dans le Droit naturel, dont il se moque agréablement quand il assure qu'il n'était inviolable que pour les Dieux; cependant les immortels de !'Olympe en prenaient a leur aise aYec ce Droit naturel et leurs faits et gestes choquaient si grossièrement la morale courante des mortels, que Pythagore condamnait aux supplices de l'enfer les âmes d'Homère et d'Hésiode, pour s'être risqués à les narrer. Le Droit pour Aristote n'était pas universel; selon lui, il ne pouvait exister qu'entre personnes égales: le père de famille, par exemple, ne pouYait commettre d'injustice enYers sa femme, ses enfants et ses esclaves, envers toute personne Yivant sous sa dépendance; il pouvait les frapper, les vendre et les focr sans pour cela sortir du Droit. Aristote, ainsi qu'on le fait d'habitude, adaptait son Droit aux mœurs de son époque; comme il ne concevait pas la tranformation de la famille patriarcale, il se voyait contraint d'ériger ses coutumes en principes du droit. Mais, au lieu d'accorder un caractcre uniYersel et immuable au droit, il ne lui concédait qu'une valeur relative, et limitait son action entre personnes, placées sur le pied d'egalité. Mais comment se fait-il que son maître, Platon, dont l'esprit est si subtil, qui avait sou!) les yeux les mêmes coutumes et qui n'en comprenait pas davantage l'abolition, puisque dans sa République idéale il introduit l'esclaYage, n'ait pas eu les mêmes opinions sur la relativité du Juste? On s'est autorise d'un mot échappe a Aristote pour aYancer que Platon, ainsi que les prêtres des mysteres sacrés et que la plupart des sophistes, n'avait pas exposé dans ses écrits toute sa philosophie, qui n'était révélée qu'à un petit nombre de disciples éprouYés : il aurait été intimidé par la condamnation de Socrate et par les dangers qu'avait courus :'t Athènes Anaxagoras, gui y avait importé d'Ionie la philosophie de la nature et qui n'avait échappé à la mort que par la fuite. Cette opinion est confirmée par une lecture attentive et comparée des Dialogues de Platon, qui, ainsi que le remarque Gœthe, se moque souvent de ses lecteurs. En tout cas, le maître de Socrate et plusieurs des disciples de ce dernier n'avaient qu'une mince idée de l'iinmutabilité de la Justice. Archelaüs, qui mérita le surnom de naturaliste (phusilws) et qui fut le maître de Socrate, niait le Droit naturel et soutenait que les lois ciYiles étaient les uniques fondements des notions du Juste et de !'Injuste. Aristippe qui, comme Platon, fut le disciple de Socrate, affichait un profond mépris pour le droit naturel et social et professait que le sage devait se mettre au-dessus des lois civiles et se permettre tout ce qu'elles défendaient, quand il pouvait le faire en toute sécurité : les actions qu'elles interdisaient n'étant mauvaises que dans l'opinion vulgaire, i1wcntée pour tenir en bride les
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