La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE Beau, étaient innées, immuables, uniYerselles; « l'âme, dans son voyage à la suite de Dieu, dédaignant ce qu'improprcment nous appelons des êtres et élcYant ses regards vers le seul Être Yéritable, l'aYait contemplé et se ressouvenait de cc qu'elle avait vu >1. (Pbedre.) Socrate avait également placé par de là l'humanité le Droit naturel, dont les lois, écrites nulle part, sont néanmoins respectées par toute la terre, bien que les hommes ne se soient jamais assemblés pour les décréter d'un commun accord (r). Sapor (latin), s,1veur, gotît pour juger les aliments, raison: Sapid11s, sapide, ce qui a du gotît, sage, vertueux; Sapiem, qui a le palais délicat, sage; Snpio, avoir de la saveur, avoir de la raison, connaître. Le très jeune enfant et le sauvage portent a 1~ bouche l'objet qu'ils veulent connaitre; les chimistes font de même. l..e verbe français savoir et son dcrivé saun11t combinent les deux sens : voir indique la fonction de l'œil et sn, dernicre trace du verbe sapio, indique la fonction du palais. (On a imprimé en lettres Lttines les mots grecs afin de faciliter la lecture de l'article à nos camarades qui ne sont pas familiarisés avec l'alphabet grec. Nole de la Rédaction.) (1) Une des « lois non écrites » de Socrate était l'entente universelle pour interdire les relations sexuelles entre les père et mère et leurs enfants. Xénophon, qui avait Yoyagé en Perse et qui n'ignorait pas que les mages pratiquaient cet inceste pour honorer la divinité et procréer des grands prêtres, prétendait qu'il était contraire à ,la loi naturelle et di,·ine, parce que les enfants issus de tels accouplements sont chétifs; il ramenait la loi du Droit naturel de son maître Socrate à n'être qu'une loi physiologique, acquise par l'exp~rience. Socrate ne voulait pas se souvenir qu'Hésiode, reproduisant les légendes religieuses de son époque, donne pour femme à Ouranos sa propre mère Gœa, la plus antique déesse, ccla mère de toutes choses », dit Homère; dans les religions de l'Inde, de la Scandinavie et de l'Egypte on rencontre des cas d'inceste divin : Brahma épouse sa fille Saravasty, Odin sa fille Frigga et Amon, dans le Papyrus Anastasy, de Berlin, se vante d'être le mari de sa mère. Ces mythes, que l'on pourrait retrouver dans toutes les religions primitives, ont une valeur historique : les légendes et ccrémonies religieuses préservent le souvenir d'époques depuis longtemps ensevelies d.rns l'oubli. Le récit biblique du sacrifice d'Abraham et la Communion chrétienne, ce repas symbolique dans lequel le déYot cath0lique mange son Dieu, fait homme, sont les lointains échos des holo,austes humains et des festins cannibalesques des sémites préhistoriques. L'homme, pour créer ses légendes religieuses, emploie le même procédé que pour élaborer ses idées, il se sert, comme matériaux, des événements de sa vie quotidienr,e; d.rns le cours des siècles, les phénomènes qui leur ont donné naissance se transformc::nt et s'évanouissent, mais la forme légendaire ou cérémonielle, qui a été leur manifestation intellectuelle, persiste; il ne s'agit que de l'interpréter sagacement pour évoquer les coutumes d'un passé que l'on croyait à jamais perdu. La coutume incestueuse de~ prêtres persans et les légendes religieuses de peuples de races si différentes, feraient donc supposer qu'à une époque reculée les rapports sexuels entre parents et enfants étaient chose habituelle; à ce propos, Engels remarque que les tribus sauvages qui les premières parvinrent à les interdire, durent, par ce seul fait, aYoir un avantage sur leurs rivales, et durent par conséquent ou les détruire ou leur imposer leurs mœurs. Il est donc plus que probable que la défense de ces mariages incestueux, la coutume la plus universelle que l'on ,connaisse, si universelle que Socrate la croyait une des lois de son Droit naturel, n'a pas toujours régné et qu'au contraire ces relations sexuelles se pratiquaient naturellement dans l'espèce humaine, émergeant de l'animalité. Mais l'expérience ayant démontré leurs mauvais effets, les fit interdire, ainsi que le pensait Xénophon. Les élevet.rs ont dû pareillement les empêcher parmi les animaux domestiques, afin d'obtenir de beaux produi1s.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==