La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

RECHERCHES SCR L'ORIGIXE DES JOÉES ABSTIIAITES 681 profond aprcs le mémorable débat entre Geoffroy-Saint-Hilaire et Cuvier, qu'on en attribua la conception à Darwin, lorsqu'il la fit revivre en 1859 dans son Origine des espèces. Les preuves qui, en 1831, avaient manqué à Geoffroy Saint-Hilaire pour faire triompher sa thése de « l'unite de plan )> aYaient été accumulees en telle abondance, que Darwin et ses disciples purent compléter la théorie et l'imposer an monde scientifique. La théorie matérialiste de l'origine des idées abstraites a eu un pareil sort : émise et discutée par les penseurs de la Grèce, reprisl: en Angleterre par les philosophes du dix-septième siècle et en France •par ceux du dix-huitième siècle, elle a, depuis le triomphe de la Bourgeoisie, etc eliminée de l'ordre des preoccupations philosophiques. * * * A côte des idées qui correspondent ù des choses et à des personnes, il en existe d'autres qui n'ont pas de contre-partie tangible dans le monde objectif, telles que les idées du Juste, du Vrai, du Bien, du Mal, de Nombre, de Cause, d'infini, etc ... Si on ignore le phénoméne cérébral qui transforme la sensation en idée, de même qu'on ne sait comment un dynamo transmute le mouvement en clectricité, on n'est pas embarrassé pour se rendre compte de l'origine des idées qui sont les perceptions des objets tombant sous les sens; tandis que l'origine des idées abstraites qui ne correspondent a aucune réalite objectiYe, a été l'objet d'études qui n'ont pas encore donné de résultats définitifs. Les philosophes grecs que l'on rencontre :'t l'entrée de toutes les avenues de la pensée, ont posé et essayé de 1ùoudre le problème des idées abstraites. Zénon, le fondateur de l'école stoïcienne, regardait les sens comme la source des connaissances; mais la sensation ne devenait notion qu'après avoir subi une série de transformations intellectuelles. Les sauvages et les barbares qui furent les créateurs des langues latine et grecque, devançant les philosophes, semblent avoir cru que les pensées provenaient des sensations, puisqu'en grec iden, apparence -physique d'un objet, ce qui frappe la vue, signifie idée, et qu'en latin sapientia, saveur d'un corps, ce qui frappe le palais, devient raison ( 1). Platon, au contraire, pensait que les idées du Bien, du Vrai, du (r) Les Grecs ~emblent avoir attaché plus d'importance au sens de la vue et les latins au sens du goût, ainsi que le prouvent les exemples suivants : Eidos (grec), aspect, forme physique; eid6lo11, image, ombre, fantôme, idée; Phantasia, aspect, forme extérieure, image, idée; G116ma, signe, pensée; G1161116n, équerre, cadran solaire, celui qui sait, savant; Noe6, voir, penser; Sapbés, clair, manifeste, ce qui saute aux yeux; Sopbia, science, sagesse;

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==