La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

BERNSTEIN ET LE SOCIALISME les économistes officiels (appelons-les ainsi pour les distinguer des prétendus économistes socialistes), dans leur concept de la coopération, ne font aucune opposition foncière au régime capitaliste. Concluons donc que si le socialisme n'est rien que la coopération et la démocratie, il n'est pas autre chose que le régime de la propriété privée et de la libre concurrence. Il réduit son rôle à accentuer les larges bienfaits de certaines institutions déjà mises en œuvre par la société capitaliste. Où se réfugiera dès lors l'opposition au régime social de notre temps? Ce qu'il est co1wenu de nommer la crise du marxisme n'est donc pas autre chose que l'abandon du socialisme par certains socialistes. On admet à la rigueur qu'il n'y ait des chrétiens qui ne croient pas au pape, yui soient hostiles à la célébration de la messe. On trouve, en revanche, absurde qu'il y ait des chrétiens pour nier la divinité du fils de Dieu. Comme le faisait remarquer Merlino, dans une lettre publiée en avril (Rivisla Critica del Socialis1110), Bernstein est d'accord avec lui sur les thèses principales de son livre For111eel essenced11socialisme. Une de ces thèses, peut-être la plus importante, est que le régime unitaire de la production est ou désaYantageux ou impossible. Il apparaît de reste, d'après une note de son livre, page 185, que c'est bien là en effet l'opinion de Bernstein. Alors, qu'e~t-ce qui reste des intentions socialistes de Bernstein ? La législation ouvrière se concilie avec les intérêts capitalistes et les exigences de la libre concurrence. L'organisation des métiers, les syndicats et la lutte économique pour l'élévation des salaires ou la résistance à la baisse ne sont qu'un épisode. Les organisations coopératives, qu'elles 1espectent la libre concurrence ou deviennent des monopoles, se meuYent sur le terrain même de la sociét6 capitaliste. Aucune des exigences auxquelles, en dernière analyse, Bernstein réduit le socialisme n'est incompatible, dans l'ordre des faits comme des idées, avec les principes directeurs de la société actuelle. Ceci soit pourtant dit à l'honneur de Bernstein, il ne se dissimule guère cette vérité. Au fond, si je l'ai bien compris (le livre de Bernstein laisse un large champ aux conjectures du lecteur), Bernstein entend par socialisme « le rappel du libéralisme à sa forme originaire », avant qu'il fût devenu un instrument de classe et qu'il eût été exploité, volé, dans un but capitaliste. Personnellement je pense que la thèse de Bernstein ne manque pas de justesse. Ceux que nous appelons les idéologues bourgeois, les encyclopédistes, les Lessing, lts Hume, les Beccaria, les J.-B. Say et tant d'autres, se sont, en réalité, beaucoup plus préoccupés de rechercher les conditions du maximum de bonheur personnel pour l'homme en général que de revendiquer les intérêts d'une classe. On peut même exclure décidément ce dernier point de leurs

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