La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

BERNSTEIN ET LE SOCIALIS~IE n'est pas difficile de voir que c'est k résultat de la position ambiguë de l'auteur. Considéré jusqu'a présent comme un des chefs principaux du marxisme, resté pendant toute sa vie un combattant de la cause socialiste, il ne veut pas abandonner sur la fin de son existence de lutte les Yieux compagnons et la Yieillc cause. N'etant plus socialiste, il veut substituer au concept fondamental et traditionnel du socialisme une autre conception qui lui permette de se dire encore socialiste. Je ne doute pas que d'ici a quelques années Bernstein n'abandonne ouYcrtement le camp socialiste et ne devienne un adYersaire; et il n'aura pas tort. Notre premier devoir est de nous montrer cc que nous sommes. Mais quelle conception, autre queïe socialisme, se fait actuellement Bernstein? - Il commence par dire que s'il demandait a un certain nombre de personnes une définition du socialisme, les réponses seraient multiples et Yariées (p. 83). La littérature socialiste ancienne et moderne en donnent des définitions divergentes. Les uns partent d'une conception juridique (le socialisme est l'égalité, le socialisme est la justice); les autres partent d'une conception morale, et nous sommes de ceux-la (le socialisme est alors la pitié en action en face des maux d'autrui) ; ceux-ci ont une conception politique (le socialisme est la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie); ceux-la une conception économique (le socialisme est la mutualité). « La definition la plus exacte du socialisme sera celle qui se renoue et se rapporte au concept de socialité »; de cette façon en eflet un concept économique et juridique est exprimé. Nous parlons bien d'un âge de pierre, du bronze, des machines, de l'électricité; puis d'une organisation sociale dite féodalité; capitalisme, bourgeoisie et le reste. C'est a cela que revient la qualification de socialisme : « organisation sociale coopératiYe ou du moins mouvement vers une telle organisation sociale. » (Bernstein, p. 84.) Par ce qui précède il est évident que Bernstein identifie le socialisme ·aYec le mouvement coopératif; au point de vue politique, il l'identifie avec la democratie. A ce propos, un souœnir tiré de l'histoire toute récente du mouvement des partis en Italie n'est pas sans intérêt. De 1887 a 1892 le parti mazzinien était en Italie le seul parti solidement organisé. De socialistes, dans le sens de la démocratie sociale, il n'y en avait pas chez nous. En dehors des mazziniens, rien que des anarchistes et des démocrates purs comme on les appelait, tel Cavalotti. Très vite, dans le parti mazzinien, s'opéra une scission : une fraction aiguilla vers les idées collectivistes; l'autre resta fidèle aux enseignements du maître. Ce fut un temps de bouillantes polémiques et d'actives discussions. Les collectiYistes revendiquèrent pour eux seuls toute la science de ce monde sublunaire. Ils vilipendèrent les mazziniens, les traitant de

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