BERNSTE[N ET LE SOC[ALISME devient esclave au lieu de maitresse. Thforiqucment la société se trouve en face des forces économiques dans des conditions de liberté plus grandes que jamais; seule, l'opposition des intérêts entre les élé_ments sociaux (puissance des intérêts privés, des associations) l'empêche de transformer cette liberté théorique en liberté pratique. Des inç!iYidus et des peuples entiers soustraient une part de plus en plus grande de leur Yie à l'influence de la nc:cessité. » (Les Evolutio11s du Socialisme, p. 10.) Il procéde en fait en démontrant qu'à la conception actuelle du socialisme n'est plus nécessaire la théorie matérialiste de l'histoire comprise dans le sens rigide d'un passage immédiat des causes économiques aux contingences historiques. La théorie de la réciproque et continuelle influence des forces matérielles et des forces idéales est à la fois une explication de l'histoire actuelle plus réelle que la préccdente et sert mieux à la théorie socialiste comme elle est comprise dans sa seconde phase. Mais, ajouterons-nous, il n'est pas niable que cette phase est inaugurée et commence avec le livre de Bernstein. L'adaptation nouvelle qu'il propose de la théorie matérialiste de l'histoire n'est-elle pas le résultat d'un besoin suggestif? Nous avons tous l'habitude mentale d'ériger en système et de justifier avec des théories nos inclinations particulières, et Bernstein n'échappe pas à la régie. Arrivl'.: i la conclusion que le socialisme - comme régime unitaire de la production - n'est pas réalisable, il Yeut démontrer que le chemin inventé par l'école de Marx pour établir le caractére inévitable du socialisme manque de base. Au fond le raisonnement de Bernstein est celui-ci : le régime unitaire de la production ne réalise pas, suivant moi, le maximum de bonheur social; mais supposer même que théoriquement et dans l'abstrait, il le réalisât, les forces économiques en jeu ne révèlent pas de tendance à le faire passer dans les faits; et quand bien mème elles en rhéleraient une, ce ne serait pas une preuve de la possibilité du socialisme, puisque les libres énergies intellectuelles de l'homme pem·ent modifier le cours aveugle de la nécessité économique. Au fond tout le livre de Bernstein roule sur ce point. * * * Il est d'ailleurs étrange de voir que la conclusion à laquelle arrive Bernstein non seulement relativement à la seule théorie du matérialisme historique, mais encore à la théorie de la valeur et de la lutte des classes, est que le vice substantiel de ces théories consiste dans leur caractère tendanciel. Disons-le une fois pour toutes, Bernstein ne réussit pas i rendre clair ce poirit ni à sa propre conscience ni à ses lecteurs, mais l'impression que laissent ses pages ne fait pas de doute.
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