La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

BERNSTEIN ET LE SOCIALIS)IE soutenir mes opinions, je suis contraint de rclcYer les points sur lesquels il me semble que la doctrine de Marx et Engels fait erreur ou se contredit. Je n'en suis pas moins venu à cette nécessité, mais c'est pour des motifs personnels déjà exposès, et cela m'a été pénible. Et je le confesse ouYertement, afin que le lecteur n'ailk pas, ù cause de la forme timide et embarrassée des premiers chapitres, découvrir une manœuvre de précaution dans l'exposition des principes.» (fü:rnstein, Les Evol11tio11dsu Socialisme, pp. 1x, x.) Examinons les côtés assurément intéressants de cette lutte intérieure, en laissant à part les motifs personnels et les préférences subjectives que cette page de Bernstein n'.:,:élc. A cette époque de roman psychologique, je ne désespère pas de voir Bourget ou d'Annunzio nous mettre en possession de la thése et écrire un Disciple à rebours dans lequel Bernstein jouerait le premier role. Ce qui nous intéresse, scientifiquement parlant, c'est la question de savoir de quelles connaissances s'enrichit notre littérature scientifique, grâce au - line de Bernstein, quelles nouvelles vues il ajoute :\ la critique du socialisme. Le << talon d'Achille » de la doctrine marxiste .1 été d'autres fois déjà mis à décom•ert et, timidement, Bernstein l'indique: l'œune de Marx est un mélange de thèses scientifiques et de thèses révolutionnaires, c'est-;\-dire une combinaison de recherches objectives et d'attaques de parti. Les contradictions fréquentes relevées dans Marx tirent justement leur origine du caractère contradictoire de son œuvre théorique. Ceux qui, dédaigneusement, mettent Marx hors de la science et le traitent de formidablt: sophiste, et ceux qui, au contraire, le placent au sommet du temple de la science, accusent par des voies diverses ce double c:,ractère de sa manière scientifique. De tous les écrivains socialistes (petite troupe en Yérité), ce fut lui qui eut la plus complète et la plus sévère éducation scientifique, qui posséda plus que les autres la finesse d'intuition et la subtilité d'examen. Mais les qualités négatives furent chez lui exceptionnelles. Portant dans la pratique l'esprit révolutionnaire, c'est-à-dire critique des faits sociaux, il porta cet esprit critique dans la théorie, c'est-à-dire qu'il fut révolutionnaire <lans son activité de penseur. Merveilleux dans l'art de mettre en relief les côtés faibles de toute chose, il devait incliner fatalement i la négation. La critique était pour lui la seule forme de l'admiration, le mépris la seule forme du désaccord, le sarcasme la seule forme de la réfutation. Il conçut la lutte pour la vérité uniquement sous la forme de la lutte contre l'erreur et ne vit pas que c'était là seulement la

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