La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA REYL'E SOCIALISTE science ollicidle. Et je dis par une voie plus ou moins tortueuse, parce que, en vérité, comme nous le voyons maintenant, dans l'esprit de Bernstein, il est loin de confesser ouYertemcnt cette opposition entre ks théories marxistes et l'cconomie officielle et d'en faire la conciliation dans leur intégritc. cc Hercule reste au carrefour» et, entre la gràcc austère de la Yertu et l'attrait plus vif du plaisir, ne sait pas se rcsoudrc. Ou bien encore, plutôt, il ressemble, ne lui en déplaise, à l'ànc de Buridan. Tandis que Merlino a courageusement dcclan'.: impossible la solution communiste et collectiYiste (r), ni Sorel, ni Bernstein, ni Heyne, ni Graziadci, ni tant d'autres qui colportent l'article à la mode, la crise du socialisme, n'ont rcvélc clairement leur pensée sur cc point. Bl:rnstcin emporte le prix de la réticence. Il proteste à tout propos qu'il ne renonce pas au socialisme; et par socialisme, il entend la coopération au sens large. Tantot il identifie le socialisme aYcc la démocratie, tantôt avec la kgislation du travail, mais il fait allusion à l.t possibilité hypothétique d'un régime unitaire de production. On sent dans son œunc l'homme qui ne veut pas dire tout, qui n'ose confesser tout, et cela non pas certes par des motifs bas, mais par suite de la séduction et de l'ascendant qu'exerce encore sur lui le souYenir d'une lutte endurée pour un idéal qui, sur la fin de sa Yie, se ré,·èle à lui erroné et fallacieux. Dans la préface de son ouvrage, Bernstein nous i1wite à entendre plus qu'il ne dit: cc Je suis absoluJument convaincu (il l'écrit dans sa préface) que mon œune différe" en plusieurs points des idées qui se trouvent exposées dans les théories de Karl Marx et de Frédéric Engels, dont les ccrits ont exercé sur ma pensée socialiste la plus grande influence. L'un d'eux, Fréd~ric Engels, ne m'a-t-il pas honoré de son amitié jusqu'ù sa mort, et ne m'a-t-il pas donné aussi au bord de la tombe une preuYc de grande confiance? De telles divergences datent de loin, c'est le résultat et le produit d'une lutte intime soutenue pendant des années et dont j'ai en mains la preuve qu'elle n'était pas un secret pour Frédéric Engels ... D'aprés cela, il est bien clair que j'avais hité jusqu'ici, dans la limite du possible, d'exposer celles de mes vues qui sont opposées ;\ celles de Marx et Engels sous forme de critique de leurs doctrines. « Cette heure est venue! J'ai affaire avec les socialistes qui, comme moi, sortent de l'école de Marx et de Engels, et leur faisant face pour (1) ;\(er!ino propose, :i l:t façon des antiques utopistes, s:PJS faire pourtant précisément une utopie, un plan de réorganisation de l:t société tout à fait suggestif. Je l'ai montré ailleurs (R1for111asoziale, fasc. XlI, vcl. 8), le système de Merlino aurait pour conséquence : 1° une violation de la justice distril-utive; ;z• un .1rrêt Jans les progrès techniques; 3° une diminution Jans la somme des richesses sociales. A ces oh~ervations, Merlino n'a trouvé rien :i objecter.

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