La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LA CONFÉRENCE DE LA HAYE 661 l'heure présente n'est suspendu ni sur la frontière des Voso-es ni sur 0 ., la ligne de la Vistule; ces éléments sont épars sur le globe, partout oü les commerçants anglais et allemands sont en opposition, et demain, pour une misérable. petite île perdue dans l'immensité Océanique, la guerre peut armer l'une contre l'autre l'Angleterre et l'Allemagne dont les intérêts économiques se contrarient. M. de Staal a produit une affirmation bien hasardée et bien paradoxale lorsqu'il a compté sur les convoitises commerciales des grands États pour maintenir la concorde générale : la paix. n'a pas de pire ennemi que l'appétit des débouchés qui caractérise toutes les puissances du Vieux. et du Nouveau Monde, qui domine leur politique et qui en somme nous a valu, en en attendant d'autres, les conflits Sino-J aponais et Hispano-Américain. La Conférence de La Haye eût pu faire œuvre utile·, en écoutant les doléances des opprimés qui s'ac!ressaient à elle : Polonais, Arméniens, Finlandais, Turcs même réclamaient de cette réunion diplomatique une étude impartiale de leurs griefs et de leurs droits, un peu de justice, un peu de liberté. Il y a quatre-vingts ans déjà, les Congrès de la Sainte-Alliance receYaicnt ainsi les requêtes des Italiens, des Allemands, des Hellénes broyés par le despotisme de vainqueurs ou d'oppresseurs du dedans et du dehors. Metternich, le primat de la diplomatie d'alors, renvoyait les délégués, en les menaçant de sa vengeance, à moins qu'il ne les fit incarcérer sur le champ. Les délégués qui dirigent les travaux de la Conférence, ;es de Staal, les Munster, les Nigra et les Bourgeois ont suivi l'exemple de cc grand ancêtre. Ils ont arrêté que les propositions incluses dans le décret du Czar et dans la circulaire subséquente du comte Mouravief seraient seules examinées. Cela met ù l'aise les gouvernements soi-disant libéraux qui n'auront à froisser ni Nicolas ni Abdul-Harnid en émettant une apprcciation sur tel ou tel méfait contemporain; mais au fond et pour l'avenir même du monde en général et des Polonais, Finlandais, Arméniens, en particulier, cette décision n'a qu'une valeur très minime. Malgré Metternich et ses acolytes de 1820, l'Italie s'est affranchie, l'Allemagne s'est unifiée en excluant l'Autriche, la Grèce a chassé le Croissant: malgré les Staal, Nigra, Bourgeois, etc., les opprimés d'aujourd'hui finiront bien par avoir raison, car il n'est pas d'exemple qu'une iniquité historique ait persisté bien longtemps. En somme, la Conférence de La Haye avait à examiner trois points, en vertu de ses propres résolutions. L'un d'eux n'a qu'une très minime importance au regard des problèmes à traiter; sur les deux autres,· les commissaires courent à un échec certain, déjà aYoué pour le premier, encore masqué pour le second. Le quatrième point ètait soulevé par des personnalités ou des collectivités étrangéres à la réunion même; il a été brutalement esquivé.

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