660 LA REVUE SOCIALISTE Quelle sera donc l'œuvrc de la Conférence? On prétend qu'une des Commissions nommées par elle travaille assidûment ;\ reviser les lois de la guerre. N'insistons pas sur le paradoxe étrange d'une jurisprudence qui ycut ciYiliser une chose essentiellement barbare et harmoniser les conflits ;\ l'heure même ou la science s'épuise en construction d'engins de plus en plus meurtriers. Oui, il est tres bien de prescrver les blessés, les hôpitaux, de toute atteinte, mais à quoi bon in noyer ou développer des régies déjà acquises lorsque vous vous préparez à coucher des foules de plus en plus nombreuses sur le sol sanglant? La Commission de la Confén.:nce ou se rencontrent les prt-miers rôles des diverses missions a mis à son programme la médiation et l'arbitrage. Une tendance s'affirme ou du moins s'affiche parmi se~ membres à substituer aux chocs armés les solutions pacifiques et transactionnelles des litiges. L'Angleterre, la Russie, l'Union Américaine, l'i talie ont déposé des projets pour trancher ce grave probléme. Etablira-t-on un tribunal permanent ou temporaire? Comment sera-t-il formé? Les pays intéressés pouront-ils continuer à mobiliser, en attendant les décisions de la magistrature nouvelle? Comment sera sanctionnée la décision prononcée, et si l'une des parties refuse de l'admettre et prend l'initiati,·e de l'agression, qui la contraindra ù rentrer dans l'ordre et à exécuter le jugement? Ici encore, en présence de la complexité et du nombre des questions à résoudre, et en raison surtout de l'organisation internationale contemporaine, il nous semble peu probable qu'on arrive:\ un résultat concret. Dans son discours inaugural, i\L de Staal, ambassadeur <leRussie à Londres et président de la Conférence de la Paix, exprimait que les chances de guerre diminuaient et que le d<'.:vcloppement industriel et commercial des grandes puissances contribuerait à restreindre les risques de jour en jour daYantage. Rien n'est plus contraire à la réalité des faits. D'abord, le monde a YU, en ces derniers temps, un certain nombre de luttes armées - entre la Chine et le Japon - entre la Grc'.:ccet la Turquie - entre l'Espagne et les États-Unis; ensuite si les litiges anciens des frontières d'Europe se sont quelque peu assoupis, il ne sont pas tout à fait morts et une étincelle peut à chaque instant les ranimer dans toute leur étendue. Enfin l'évolution économique même que M. de Staal salue comme un élément de pacification est, au contraire, le plus terrible brandon de discorde que l'histoire ait jamais connu. Autrefois, quelques peuples seulement étaient en contact les uns avec les autres, et cette contiguïté même se limitait à quelques centaines de kilométres; aujourd'hui tous les peuples soi- <lisant civilisés se rencontrent et se heurtent en vertu de la concurrence, sur tous les points du globe. Le conflit le plus menaçant de
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