LA CONFtREXCE DE LA HAYE liée au régime capitaliste, qu'il prenne la forme royaliste, cléricale ou la forme jacobine-bourgeoise. Elle n'est pas destinée uniquement à faire front au danger extérieur, à refouler l'ennemi supposé qui forcerait la frontière; sa mission est à l'intérieur, à côte de la petite police qui recherche les criminels ou qui bourre de coups de poing les citoyens les jours de manifest:ition; elle est la grande police qui défend l'ordre actuel et qui, sur la pointe de ses baïonnettes, asseoit la domination d'un empereur, la constitutionnalité d'un roi, les prérogatives temporaires d'un président et partout la pseudo-légitimité de droit divin de l'oligarchie industrielle, commersiale et financiére. Que deviendrait Guillaume II en face de la gigantesque poussée socialiste de l'Allemagne, s'il n'anit autour de lui 600,000 hommes prêts à tirer? Que ferait l'empereur d'Autriche, François-Joseph, tiraillé par tant d'éléments ethniques divers, :intagonistes, s'il ne pouYait chaque année proclamer l'état de siège dans quelqu'une de ses capitales souleYées? Oue vaudrait la bourgeoisie rrançaise, si die n'avait à ses ordres, pour réprimer les gréves - et à l'occasion pour remplir les grnnds services publics, cette armée qu'elle redoute, dont elle sur\'eille jalousement les tendances secrétes, mais qu'elle maintient et qu'elle acclame comme le palladium de ses priviléges? Quelle eùt été l'attitude de Humbert de Savoie devant l'insurrection milanaise, devant la jacquerie sicilienne et toscane, si les troupes italiennes, toujours vaincues au dehors, n'étaient venues retremper leur prestige dans le sang des citoyens? Nicolas II lui-même ne tremblerait-il pas sur son trône deYant les premiers soubresauts de l'organisation sociale en gestation, si ses généraux n'intervenaient pas comme à Riga, pour fusiller les premiers grévistes! Ainsi l'histoire présente nous apprend qu'aucun gouYernement, qu'aucun régime établi ne saurait supprimer, limiter même ces contingents militaires, sans couper les racines qui l'implantent au sol. Et nulle part cette impossibilité n'est mieux cnactériséc qu'en France, dans ce pays déjù labouré èt mutilé par deux formations impériales, .où la classe possédante, au fond hostile à l'uniforme, se line à tous les périls du césarisme plutùt que de se sentir seule et affaiblie devant les menaces croissantes du socialisme. La Conférence de La Haye ne restreindra donc pas les armements, parce qu'elle ne le veut pas, parce qu'elle ne le peut pas. Le rescrit de Nicolas II n'a été que phrases mensongéres; les premiers discours officiels de La Haye n'ont été que duperies, guet-apens tendu-s à la crédulité des foules. Demain, comme hier, des millions d'hommes armés et casqués continÙeront à vivre du labeur prolétarien, persisteront à sucer toute la sève sociale et à peser d'un poids accablant sur les nations appauvries.
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